Difficile alors d’établir une carte cohérente des compétences recherchées.
Mais alors où est cette pénurie ? «
La pénurie se trouve davantage dans les phantasmes des recruteurs qui lisent études et articles de presse que dans la réalité immédiate », dit en substance Daniel Prin, pdg de TMP Néo, agence de communication RH.
Et qui concerne-t-elle ? Les cadres d’abord. Mais pas n’importe lesquels, puisque nous dit aussi la présidente de l’Apec, Catherine Martin : «
il existe un risque majeur dans ce contexte porteur. Celui de voir coexister un chômage alimenté par des formations de base insuffisantes, et des entreprises qui rencontrent des difficultés grandissantes pour trouver les compétences dont elles ont besoin. »
En d’autres termes, l’inadéquation entre l’offre et la demande devient cruciale. Mais ce syndrome qui s’aggrave n’est pas le seul responsable de la schizophrénie qui nous guette.
Car les DRH et autres recruteurs suivent une nouvelle mode :
ils ne veulent plus recruter les demandeurs d’emploi. Ainsi, le responsable du recrutement d’une grande compagnie d’assurance française l’avoue tout de go : «
Pour les cadres expérimentés, nous ne recrutons que des gens actuellement en poste ». Même son de cloche dans la plupart des secteurs, même si les interlocuteurs se font en général plus discrets. Et l’assertion n’étonne ni ne dérange personne. Une sorte de banalité…
Est-ce à dire finalement qu’un chômeur est incompétent ou caractériel ?
A voir les nombreuses polémiques sur les chiffres « réels » du chômage – polémiques que nous relatons régulièrement sur Jobetic.net – nous compterions donc plus de 4 millions d’incompétents et de caractériels en France ? Voilà un bon sujet de méditation !
Et pourquoi parle-t-on quasiment uniquement des recrutements de cadres, ce statut totalement désuet hérité de nos vieux privilèges aristocratiques ? Un statut qui n’existe qu’en France !
Que dire par exemple des armées de techniciens et titulaires de BTS dont les entreprises ont tant besoin ? Entre les discours éternels sur le nirvâna du bac + 5 et la réforme LMD, combien de jeunes ont poursuivi leurs études au prix d’énormes sacrifices pour finalement… se retrouver sans emploi.
Probablement, eux aussi sont des mauvais, mesdames et messieurs les recruteurs?
En tout cas, il nous paraît urgent de prendre ce problème à bras le corps. Les entreprises sont pénalisées lorsqu’elles ne recrutent pas de handicapés. Que dire de celles qui ne font que « taper » dans les ressources humaines de leurs concurrents ?
A quand une taxation des entreprises qui refuseraient d’emblée de recruter des demandeurs d’emploi ?
Ou ajouter le statut de demandeur d’emploi à la liste – déjà bien longue il est vrai – des discriminations combattues par la Halde ?
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