JOBETIC

Diversité
Jeudi 22 Février 2007

Une taxe pour ceux qui refusent de recruter des chômeurs ?

La pénurie de compétences fait rage, nous dit-on. Pourtant de très nombreux recruteurs refusent d'embaucher des demandeurs d’emploi.
Une discrimination larvée qui touche plus de 4 millions de personnes. A quand une taxation des récalcitrants ?



Une taxe pour ceux qui refusent de recruter des chômeurs ?
Depuis quelques semaines, le spectre de la pénurie est brandi à chaque détour de conférence ou d'article de presse. « Nous allons manquer de ressources humaines » clame-t-on de toutes parts. Dans l’informatique bien sûr, mais aussi dans la banque et l’assurance, dans le BTP ou l’hôtellerie restauration et même paraît-il dans l’automobile …

La récente étude de l’Apec publiée récemment est venue confirmer ce diagnostic sans appel : la France manque de bras… pardon de cerveaux, puisque l’étude ne traite par nature que des cadres.

Et pourtant. Lorsqu’on les interroge précisément sur leurs plans de recrutement, la plupart des entreprises rechignent à répondre. Pour preuve, les enquêtes que nous réalisons chaque mois pour un magazine spécialisé dans l’emploi des cadres nécessitent chaque fois des semaines d’enquête, voire de harcèlement téléphonique, auprès d’entreprises très nombreuses.

Sur 120 entreprises contactées en moyenne par secteur – distribution, banques, énergie … - seules 20 à 30 d’entre elles répondent effectivement. Peur de communiquer ou tout simplement ignorance réelle des embauches à venir ?

Ignorance certainement : de nombreux groupes français dont quelques géants très connus ne connaissent même pas les intentions d’embauches de leurs filiales et établissements. Manque d’équipement informatique, absence de stratégie globale, probablement un peu de tout cela mélangé.

Peur de communiquer également : prises entre deux feux – le besoin de faire valoir la bonne santé de l’entreprise et la peur d’un retournement éventuel de conjoncture – elles préfèrent rester discrètes.


Difficile alors d’établir une carte cohérente des compétences recherchées.

Mais alors où est cette pénurie ? « La pénurie se trouve davantage dans les phantasmes des recruteurs qui lisent études et articles de presse que dans la réalité immédiate », dit en substance Daniel Prin, pdg de TMP Néo, agence de communication RH.

Et qui concerne-t-elle ? Les cadres d’abord. Mais pas n’importe lesquels, puisque nous dit aussi la présidente de l’Apec, Catherine Martin : « il existe un risque majeur dans ce contexte porteur. Celui de voir coexister un chômage alimenté par des formations de base insuffisantes, et des entreprises qui rencontrent des difficultés grandissantes pour trouver les compétences dont elles ont besoin. »

En d’autres termes, l’inadéquation entre l’offre et la demande devient cruciale. Mais ce syndrome qui s’aggrave n’est pas le seul responsable de la schizophrénie qui nous guette.

Car les DRH et autres recruteurs suivent une nouvelle mode : ils ne veulent plus recruter les demandeurs d’emploi. Ainsi, le responsable du recrutement d’une grande compagnie d’assurance française l’avoue tout de go : « Pour les cadres expérimentés, nous ne recrutons que des gens actuellement en poste ». Même son de cloche dans la plupart des secteurs, même si les interlocuteurs se font en général plus discrets. Et l’assertion n’étonne ni ne dérange personne. Une sorte de banalité…

Est-ce à dire finalement qu’un chômeur est incompétent ou caractériel ?

A voir les nombreuses polémiques sur les chiffres « réels » du chômage – polémiques que nous relatons régulièrement sur Jobetic.net – nous compterions donc plus de 4 millions d’incompétents et de caractériels en France ? Voilà un bon sujet de méditation !

Et pourquoi parle-t-on quasiment uniquement des recrutements de cadres, ce statut totalement désuet hérité de nos vieux privilèges aristocratiques ? Un statut qui n’existe qu’en France !

Que dire par exemple des armées de techniciens et titulaires de BTS dont les entreprises ont tant besoin ? Entre les discours éternels sur le nirvâna du bac + 5 et la réforme LMD, combien de jeunes ont poursuivi leurs études au prix d’énormes sacrifices pour finalement… se retrouver sans emploi.

Probablement, eux aussi sont des mauvais, mesdames et messieurs les recruteurs?

En tout cas, il nous paraît urgent de prendre ce problème à bras le corps. Les entreprises sont pénalisées lorsqu’elles ne recrutent pas de handicapés. Que dire de celles qui ne font que « taper » dans les ressources humaines de leurs concurrents ?

A quand une taxation des entreprises qui refuseraient d’emblée de recruter des demandeurs d’emploi ?

Ou ajouter le statut de demandeur d’emploi à la liste – déjà bien longue il est vrai – des discriminations combattues par la Halde ?




Vous souhaitez reproduire cet article, merci de contacter la rédaction de Jobetic.net - Copyright Jobetic

Corinne Zerbib




COMMENTAIRES : Nous vous rappelons que, conformément à la loi, tout propos injurieux, diffamatoire ou xénophobe vous expose à d'éventuelles poursuites judiciaires. L'anonymat n'empêche pas votre identification.

Actualités | Job Info | Web Emploi | Diversité | Guide | Annuaire | Conseils | Handicap | Agenda | Parcours | Publi-information | Changer de vie | Test CV | Jobetic | Techno RH | Boutique | Cart@jobs








BlogBang

Les News





Les News


PARTENAIRES






Photos Libres