Résultats du test : les stéréotypes Hommes/Femmes ont la vie dure
Un mois après la mise en ligne sur Jobetic, 500 lecteurs ont répondu au test conçu par l'Observatoire des Discriminations. Son directeur adjoint, Sylvain Côme, analyse les résultats obtenus sur les stéréotypes hommes/femmes. Etonnant : ils sont aussi marqués chez les hommes que chez les femmes.
Le 27 septembre 2007, nous avons mis en ligne sur le site JobEtic un test permettant aux internautes de mesurer leurs préjugés sur les femmes. L'opération est elle un succès ?
Près de 500 lecteurs de JobEtic ont participé à notre étude, ce qui est très important dans le cadre de travaux de recherche de ce type. A titre de comparaison, 10 000 personnes en tout sont venues mesurer leurs préjugés depuis que nous avons mis nos tests en ligne cet été, alors que de nombreux médias ont parlé de nous. Il faut donc saluer la participation des lecteurs de JobEtic, qui semblent particulièrement intéressés par l'égalité au travail.
Que mesure ce test et comment a-t-il été construit ?
Sylvain Côme
Notre test mesure l'association entre plusieurs concepts. Ici, il s'agissait de savoir à quel point les gens associent les hommes au monde du travail et les femmes à la famille. C'est un stéréotype très répandu qui pénalise les femmes dans leur carrière. Soit parce qu'on les estime moins adaptées aux contextes professionnels, soit parce qu'on les considère comme moins ambitieuses, soit finalement parce qu'on pense que leur vie de famille les gênera pour s'investir à plein dans leur travail.
Dans notre test, nous allons demander aux gens d'effectuer en parallèle deux tâches de catégorisation. Il s'agit de reconnaître des termes associés au travail (bureau, carrière…) et des termes associés à la famille (enfants, ménage…), mais également de reconnaître des prénoms féminins et masculins. Nous mesurons les temps de réaction des gens lorsqu'ils doivent identifier ces termes :
1. Dans un premier temps, il faudra appuyer sur une même touche lorsqu'on voit un prénom féminin ou un mot associé au travail, et sur une autre touche lorsqu'on voit un prénom masculin ou un mot associé à la famille.
2. Dans un second temps les consignes s'inversent, c'est-à-dire qu'il faudra appuyer sur une même touche lorsqu'on voit un prénom féminin ou un mot associé à la famille, et sur une autre touche lorsqu'on voit un prénom masculin ou un mot associé au travail.
Il faut savoir qu'un stéréotype est une réaction automatique qui va créer une image mentale. Cette image peut perturber les décisions que l'on doit prendre sans que l'on s'en rende compte. Et elle se fait en quelques millisecondes ! Plus quelqu'un aura le stéréotype hommes = travail et femmes = famille, plus il sera rapide dans la deuxième séquence et lent dans la première.
En moyenne, les gens mettent 1,6 secondes dans la première séquence et 1,3 secondes dans la deuxième.
Plusieurs de nos lecteurs nous ont dit qu'il était normal d'être plus rapide dans la deuxième séquence parce qu'on s'habitue au test. Ce phénomène ne biaise-t-il pas les résultats ?
Le phénomène inverse est également vrai, comme en témoigne un des internautes : "Lorsque j'ai commencé un test, j'ai du apprendre à faire une association d'idée, et dans une deuxième partie du test, vous changez l'ordre d'association, et là, ça devient difficile. Pour moi, le fait de répondre plus rapidement à la première partie du test qu'à la seconde relève plus d'un problème de coordination et de changement d'association que vraiment d'une intolérance cachée."
Les deux phénomènes sont vrais. L'habitude accélère naturellement les résultats en cours de tests, et le changement de consigne va perturber et ralentir. Nous avons mesuré ces deux phénomènes et avons veillé à corriger nos résultats.
Finalement, nos lecteurs ont-ils des préjugés ?
Graphique 1 : 83% des personnes interrogées ont de forts préjugés
79% des lecteurs de JobEtic associent les hommes avec le travail et les femmes avec la famille. C'est très important, mais c'est un stéréotype qui est tellement répandu qu'il ne faut pas s'étonner de sa force.
Si on regarde sur l'ensemble des 2400 personnes qui ont passé ce test, le "score" s'élève à 83%, (graphique 1).
Les résultats varient-ils selon que la personne interrogée est un homme ou une femme ?
Graphique 2 : hommes et femmes sont égaux face aux stéréotypes
Le plus surprenant est certainement l'absence de différences hommes – femmes sur la question (graphique 2). En effet, alors que 84% des hommes font l'association hommes – travail et femmes – famille, 82% des femmes font de même. Cela confirme l'effet ravageur des stéréotypes, tellement répandus qu'ils sont intériorisés par ceux qui en sont victimes.
Et les jeunes sont-ils aussi marqués que les seniors ?
Graphique 3 : Plus on est âgé, plus l'association est forte
Heureusement non ! Notre test révèle ainsi de nettes différences selon l'âge. Nous avons mesuré pour chacune des tranches d'âge quelle est la proportion de répondants qui font une association élevée sur la question hommes-femmes travail-famille. On voit bien que plus on est âgé, plus cette association est forte, ce que nous ne remarquons pas sur d'autres tests.
L'interprétation n'en est pas très difficile, et laisse présager une évolution positive lorsque les générations les plus jeunes arriveront à des situations d'encadrement.
Mais pourrons-nous attendre jusque là ?
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1. Posté par
COLPIN Didier
le 03/11/2007 07:52
HOMMES/FEMMES ET LE « RESEAU EQUILIBRE »
Constat du déséquilibre.
A ce jour, persiste toujours un écart de 25% entre le salaire moyen des hommes et celui des femmes… S'il faut être positif, alors soulignons que cela est infiniment mieux que dans les années 60 où cette différence flirtait avec les 50% ! Est-ce pour autant satisfaisant ? Bien évidemment non !
Est lié à cet aspect financier du déséquilibre, la ségrégation pratiquée dans l'attribution de responsabilités : d'une manière plus ou moins consciente, les différents acteurs de la vie professionnelle –tant masculins que féminins, du postulant à un poste au décideur- ont encore tendance à spécialiser le rôle social de l'homme et de la femme au détriment du potentiel de l'individu, quelque soit son sexe. Ce frein à l'égalité génère un « plafond de verre » qui empêche les femmes d'accéder en plus grand nombre à des postes de direction.
Une explication culturelle.
Ne nous voilons pas la face, la phallocratie y est pour beaucoup… En effet, à qui les lois -faites historiquement par les hommes- n'ont-elles régulièrement reconnu qu'une citoyenneté de second rang sinon aux femmes ?
Il fallait mentionner ce travers… Cela étant fait, arrêtons nous sur un autre aspect.
Dans le contexte d'une société agricole, la répartition des tâches s'effectuait pour beaucoup sur base de la force physique : les hommes aux labours, à la forge, etc., les femmes –qui alors travaillaient toutes- s'occupant des animaux plus petits de la « basse-cour », de la préparation des repas nombreux car en ces temps, les ouvriers agricoles l'étaient également, sans oublier l'entretien des vêtements pourtant appropriés à des travaux difficiles dans les champs. La notion alors très forte d' « habits du dimanche » illustre, en creux, cette réalité d'une autre époque… Autre époque car la « révolution industrielle » est apparue et avec elle l'exode rural.
Mais les mentalités sont restées. Et les femmes se sont retrouvées en ville trop souvent « enfermées dans la cuisine »…
Bien sur, elles sont entrées dans ce qui est appelé « le monde du travail », parfois par la force des circonstances, comme dans le contexte du premier conflit mondial, mais souvent aussi par une volonté active et positive d'émancipation passant la revendication du droit à l'éducation et du droit de vote pour n'en citer que deux.
Aujourd'hui, fort heureusement, plus personne ne taxe de « mauvaise mère » celle qui travaille et rares sont ceux qui osent encore professer que les femmes devraient rester « à la maison ».
Pourtant, l'écart de salaire indiqué dans les premières lignes de cet article illustre que trop souvent, les femmes sont considérées comme une force d'appoint et non comme un véritable moteur de l'économie.
L'équilibre visé.
Le vocable « équilibre » nous vient du latin libra qui signifie balance. Il faut donc comprendre « forces égales » ou « égalité de forces ». En d'autres termes, il s'agit de casser la marginalisation dont les femmes font l'objet, sans pourtant jouer la carte de l'opposition des sexes car cela ne pourra se faire qu'avec les hommes et non pas contre eux… Sans oublier les métiers où se sont ces derniers qui sont minoritaires… Il faut donc favoriser une plus grande mixité, dans les différentes branches professionnelles, comme dans la hiérarchie.
« L'équilibre visé » disions-nous en tête de chapitre. Il faudrait plutôt parler au pluriel car un autre équilibre est aussi dans le viseur : la conciliation des temps de vie. Manquer d'équilibre en favorisant sa « carrière » au détriment de sa famille revient à risquer la pérennité de celle-ci : pour favoriser la conciliation de ces deux pôles indispensables à la réalisation et à l'épanouissement de soi, la CFE CGC prône la création, de crèches interentreprises, de services de garde d'enfants malades, de repassage, d'horaires individualisés. Rappelons que dans un contexte novateur, dès 1991, la CFE CGC proposait la création d'un congé paternité. Tout cela afin que les couples bi-actifs aient à leur disposition toute une panoplie d'outils facilitateurs qui se révèlent de véritables passerelles reliant deux mondes qui ne sont pas antinomiques : vie professionnelle et vie familiale.
Le réseau et son maillage.
Comment dépasser le stade des « vœux pieux », des paroles sans lendemain, des intentions qui restent lettres mortes ? Comment œuvrer pour obtenir autre chose qu'un équilibre instable ou un équilibre précaire, ce qui serait pour le moins renversant ? Ou comment passer des actions sporadiques à l'enracinement de l'égalité professionnelle dans le quotidien de l'entreprise ?
Uniquement par l'intermédiaire de tous. Oui, plus un maillage est serré, plus le tissus est solide…
(…)
Concrètement.
Le cadre légal a volontairement été occulté car en local, nous ne pouvons que modérément l'influer. Mais nous pouvons, par un changement de culture, faire évoluer les mentalités. A commencer par la notre (croyons nous qu'au féminin « il regarde assis dans le salon la télévision » se dit « elle fait debout dans la cuisine la vaisselle » ?).
La concrétisation des objectifs du « Réseau Equilibre » ne se fera pas non plus contre les employeurs mais avec eux, dans une perspective de dialogue, par la mise en place d'une communication visant à ce que ceux-ci demandent le « Label Egalité Professionnelle » (dossier téléchargeable sur le site de l'AFAQ : www.afaq.org ).
Et, toujours en local, la CFE CGC, via ce réseau, ambitionne d'être auprès des interlocuteurs institutionnels comme la Préfecture, la Direction du Travail, l'ANPE etc, un partenaire incontournable.
Et si ce qui est ambitionné ici semble irréaliste, il faut se remémorer qu'une des leçon apportée par l'Histoire est que l'utopie d'aujourd'hui est la réalité de demain…
COLPIN Didier
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