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Emploi
Parité : "Entre plafond de verre et plancher collant"Véronique Tomas, Déléguée régionale aux Droits des FemmesActive, voire hyper-active, Véronique Tomas est sur tous les fronts. Les fronts féminins bien sûr. Car sa mission, à la tête de la délégation régionale aux droits de femmes en Basse-Normandie, couvre tous les aspects de la vie des femmes. En particulier ceux liés à la vie professionnelle. Interview.
La délégation aux droits des femmes est le plus petit service public de l'Etat. J'aurais de quoi occuper un bataillon ! Notre équipe en Basse-Normandie compte 6 personnes en tout, mais je m'appuie sur tous les autres services avec lesquels nous développons des partenariats afin que la problématique des femmes soit bien incluse dans les dispositifs.
Egalité professionnelle Organisations inter-professionnelles, branches, salariés... aujourd'hui, tout le monde est d'accord pour faire avancer les choses sur le terrain de l'égalité professionnelle et salariale. Il y a quelques années, on nous riait au nez. Ce n'est plus le cas. Nous développons ou soutenons de nombreuses actions dans ce domaine. Financement d'association de création d'entreprise pour les femmes, concours féminins... des actions concrètes sur tout le territoire. Emplois masculins ou féminins ? La moitié des femmes travaille dans 11 des 86 familles professionnelles. Elles ont des recherches d'orientation très étroites, et se retrouvent toutes en concurrence sur les mêmes offres d'emploi. Ainsi, 75% des femmes inscrites à l'Anpe recherchent sur 8 domaines professionnels seulement ! Coincées entre le plafond de verre et le plancher collant, elles ne visent pas haut. Les hommes managers comprennent très vite l'intérêt d'une équipe mixte : elle gagne en efficacité. On n'emploie pas des femmes par hasard : la démarche correspond à une volonté de développement dans l'entreprise. Mais on n'a pas tous les mêmes chemins d'entrée. Certains sont humanistes. Mais l'entreprise n'agit pas pour mes beaux yeux. Les chefs d'entreprise considèrent qu'ils prennent un risque en recrutant des femmes. Moi du fond de mon fauteuil de service public, je vais pas leur dire "non il n'y a pas de risque". Je tente alors de leur démontrer qu'ils vont ainsi développer une activité performante, qu'ils vont recruter mieux, gagner plus d'argent... il faut trouver les arguments adaptés à chacun. Lever les freins... des hommes Il ne faut pas hésiter à développer des discours cyniques lorsqu'on se trouve confronté à des discours durs de la part des entreprises, qui opposent de multiples freins. Les dirigeants imaginent que ça va être une révolution s'ils recrutent des femmes. Or quand quelques femmes arrivent, ils voient que l'équipe marche très bien, et même mieux car la mixité dénoue les noeuds relationnels. Je dirais la même chose dans des milieux féminins. Quand les hommes arrivent, on constate les mêmes effets bénéfiques. Les freins viennent aussi des hommes ouvriers et chefs d'équipe. Heureusement, ils sont aussi des pères et ont des filles. Un levier important pour les convaincre consiste à leur démontrer le risque de la situation pour leurs propres filles : "C'est risqué pour votre fille de ne viser que quelques jobs ..." Ainsi, du frein on passe parfois à un levier pour la promotion de leurs filles. Et la crise ? De nombreuses entreprises ferment ou vont fermer, et des bassins ruraux sont sinistrés sur tout le territoire. Et vu la situation, il n'y aura pas le potentiel pour que les gens retrouvent un emploi similaire. Parmi ces "nouveaux" chômeurs, il va y avoir des gros flux de femmes à certains endroits, avec des niveaux de qualifications et compétences dans un domaine spécifique. Nous devons donc être créatifs pour trouver des solutions. On ne cherche pas Une méthode, mais plutôt à repérer des niches, favoriser la création d'entreprise par exemple. D'autant qu'avec la crise, un discours ambiant insinue "si les femmes reviennent à la maison, on se débarrasse de la moitié des chômeurs". Attention aux discours rapides et expéditifs, de type café du commerce. Nous avons déjà connu de tels syndromes, des discours super culpabilisants pour les femmes et qui les éloignent de l'entreprise. Or, on le sait, quand on arrête de travailler, il est très difficile de revenir. C'est un risque qu'on a vu dans l'histoire : le travail des femmes est souvent une variable d'ajustement. On a besoin de nous on nous ressort, on a plus besoin de nous, on nous rentre à la maison. Un parcours de pro... passionnée Au départ je suis ingénieur en formation continue. J'ai travaillé d'abord dans des établissements privés, puis j'ai rejoint la fonction publique il y a une quinzaine d'années environ. J'étais alors coordinatrice emploi formation : ma mission consistait à mettre en place la formation pour les demandeurs d'emploi en fonction des besoins des entreprises. Et j'ai vite constaté un problème important pour les femmes. Pour les hommes, même avec un faible niveau, il est facile d'élargir les choix de métiers et de postes. Ils sont ouverts, ont des représentations larges de leurs potentiels. Chez les femmes, surtout à faible niveau, les choix sont extrêmement limités : commerce, distribution, garde d'enfants et de personnes âgées, on a vite fait le tour. Ce constat m'a fait réfléchir sur la question des femmes. Avec le soutien du Conseil Régional et des services de l'état, j'ai lancé l'animation d'un comité de pilotage réunissant l'Etat, la Région et les branches. C'est ainsi que tout a démarré, en 2000. Puis l'Anpe a dit : "on veut bien préparer les filles à se diriger vers d'autres métiers, mais il faut agir sur les entreprises". J'ai donc pris mon bâton de pèlerin pour les convaincre, comprendre ce qui bloque, et j'ai ainsi développé une activité de conseil aux entreprises... Mais aussi des formations pour les partenaires sociaux : comment négocier, sur quoi, comment faire et analyser le diagnostic. J'ai inventé un module de formation pour les partenaires sociaux qui a prouvé son efficacité, tout le monde était satisfait, et de vraies négociations se sont mises en place pour développer un accord et un plan d'égalité digne de ce nom. Ce plan a vu sa première application chez PSA. On m'a demandé de « monter à la capitale » et de montrer ce produit: j'ai rencontré le DRH, Jean-Luc Vergne, et nous avons développé ce plan sur toute la France. C'était passionnant ! En 2005, le poste de déléguée régionale aux Droits des femmes était vacant. J'ai donc tout naturellement postulé ! Propos recueillis par Corinne Zerbib 23/10/2009
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