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Recrutement
Les réseaux sur le net : un terrain de chasse idéalDOSSIER
Surfer sur les réseaux Internet pour trouver un job et faire des affaires ?
L’histoire en a fait sourire plus d’un. Et pourtant, il faut bien se rendre à l’évidence : le modèle des réseaux humains, transposé sur Internet, fonctionne à fond. Témoin de ce succès, en peu de temps – deux ou trois ans tout au plus – les réseaux sociaux sur Internet ont drainé une foule de membres. Impossible de connaître précisément leur nombre. Mais une chose est sûre, ils se comptent en France au moins par dizaines, voire par centaines de milliers. Pour commencer, les pionniers français se sont inscrits sur les premiers sites, venus de l’étranger. LinkedIn, grand précurseur américain, compte plusieurs millions de membres dans le monde, OpenBC d’origine allemande affiche un million de contacts européens. Et les sites français ont emboîté le pas à ce mouvement mondial : Viaduc en France clame quelques 350 000 membres, relayé par 6nergies avec 9 000 membres en un peu plus d’un an, ou encore Piwie et ses 5 000 inscrits… La guerre des chiffres fait rage entre les patrons de ces sites qui s’affrontent parfois avec une hargne surprenante. L’enjeu ? Emporter coûte que coûte le leadership sur ce nouveau marché particulièrement prometteur. Quelque soient les véritables chiffres des uns et des autres, la croissance exponentielle des réseaux depuis quelques mois ne fait aucun doute. Mais qui sont ces foules qui rallient massivement le mouvement du réseautage ? En très grande majorité, des cadres, cadres supérieurs et dirigeants d’entreprises. Près de la moitié d’entre eux, selon Dan Serfaty, co-fondateur de Viaduc, sont des passionnés, voire des accros du networking. Ces « power users », bien souvent en poste, viennent améliorer leur notoriété professionnelle avec une obsession constante : à qui affichera le plus grand nombre de contacts dans sa sphère d’influence ! « J’ai déjà 700 contacts de niveau 2 ! » Erwan Donval se dit satisfait de l’importance de son réseau constitué en quelques mois. Au départ, ce spécialiste de la publicité et du marketing, s’est investi sur les réseaux alors qu’il était en poste.« Pour garder des contacts dans le milieu professionnel et ainsi gérer mon plan de carrière », explique-t-il. Grand bien lui en a pris, car, depuis septembre dernier, Erwan se retrouve sans emploi. « Je me suis donc appuyé sur ce réseau pour l’étendre et me faire connaître ». Résultat ? Deux entretiens et environ 25 pistes concrètes dénichées en trois mois. Le tout pour un investissement moyen d’une petite heure par jour. Et Erwan garde un franc optimisme : ses pistes sont sérieuses. A chaque site sa couleur, son originalité et son mode de fonctionnement. Mais leur objectif est bien le même : permettre à chaque individu de se constituer une chaîne de relations sociales – à dominante professionnelle, certes, mais avec un zeste de dimension personnelle qui rend justement ces relations globalement solides et durables, pour peu qu’on sache les entretenir à bon escient. Les réseaux permettent-ils de trouver un job ? Pas systématiquement bien sûr, et surtout, ce n’est pas l’eur objectif premier. Mais sans aucun doute, ils améliorent la visibilité de la personne auprès de ses pairs. Alors, si le réseautage n’ouvre pas systématiquement la porte à un job, il constitue un fondement incontournable de la recherche d’emploi. Ainsi, André Dan conseille actuellement plusieurs anciens dirigeants de sociétés technololgiques brutalement boutés hors de leur job. « Ils ont reçu une énorme baffe ! » Et se trouvent bien penauds de n’avoir pas entretenu leur réseau ces dernières années. Tout un travail de fourmi à refaire … Un travail jugé incontournable, en particulier parce que « Le réseautage est un médicament à long terme contre le découragement des chercheurs d’emploi », dit André Dan. Les réseaux sociaux constituent en fait le meilleur moyen de rester branché sur son marché, tout au long de sa carrière. Ils permettent notamment d’inverser les rôles pesants de la recherche d’emploi : ce sont souvent les recruteurs qui démarchent ou contactent les membres des réseaux. Car ces derniers constituent le terrain de chasse privilégié d’un nombre croissant de recruteurs. « J’utilise essentiellement LinkedIn pour recruter », indique ainsi Mathieu Nouzareth, co-fondateur de Boonty, une plateforme Internet de téléchargement de jeux vidéos. En un peu plus de six mois, la petite entreprise d’une centaine de personnes a récruté sept nouveaux salariés, dont son directeur technique. « Sur le réseau, l’effet club joue à fond. Je publie des annonces sur le site, mais je sollicite aussi mes contacts, qui sont ravis de pouvoir m’aider », raconte encore Mathieu Nouzareth. Quant au choix de LinkedIn, il ne fait pas l’ombre d’un doute pour cette entreprise implantée dans de nombreux pays et notamment aux US. D’ailleurs l’histoire de Jacques répond en écho : le jour même où il s’est inscrit sur LinkedIn, cet ingénieur informatique français installé à San Francisco, se fait chasser. Et quelques jours après, il est recruté … par LinkedIn. Un conte de fées ? L’histoire ne surprend en tout cas pas les recruteurs, de plus en plus nombreux à figurer sur les réseaux, en embuscade. « J’utilise les réseaux pour dénicher les compétences très pointues ». Christophe Charavay, le gérant d’Exilio, est un expert du recrutement hors sentiers battus. Cooptation, entourage personnel, réseaux de connaissances … il pratique depuis bien longtemps les voies parallèles de la chasse. L’intérêt des réseaux sur Internet ? « C’est une excellente manière de découvrir et connaître les gens qui sont à l’écoute du marché ». Le tout en parfaite discrétion. Il surveille plusieurs réseaux, y détecte discrètement les compétences qu’il cherche, ce qui ne l’empêche pas de se rendre aux soirées organisées par 6nergies. Et avant de se lancer à fond sur le média qui lui a permis de recruter plusieurs profils haut de gamme, Christophe Charavay a joué d’une petite ruse : il s’est inscrit en tant que demandeur d’emploi. Et a constaté par lui-même l’intérêt de la démarche. Un intérêt pourtant vivement contesté par un grand nombre d’inscrits, qui n’ont encore jamais rien vu venir d’intéressant. « Les réseaux ? Oui j’ai été invité par un ami il y a quelques mois, mais franchement, jusqu’à présent, ça ne m’a rien apporté ! » La moue dubitative de Pierre n’a rien d’original. Selon les dirigeants de ces réseaux sociaux d’un nouveau type, plus de la moitié des membres se contentent d’une inscription bâclée, suivie de l’envoi d’un ou deux messages à de vieux copains retrouvés là au hasard de quelques minutes de recherche. « Tiens, bonjour ! C’est bien drôle de te retrouver là ! » Qui n’a pas encore reçu ce petit clin d’œil en provenance d’un ami ou même d’un voisin de bureau inscrit lui aussi sur tel ou tel réseau ? Et point final. Le membre passif type zappe immédiatement vers ses tâches « sérieuses » et oublie jusqu’à l’existence même de cette petite trace laissée au hasard de ses promenades sur le net. Pour éventuellement n’y revenir que le jour où … il se trouve justement dans le besoin. Et sa déception n’en est alors que plus cruelle : malgré sa présence sur les réseaux, il ne s’est fait aucune relation, n’a jamais été contacté … Erreur fatale ! Car les réseaux sur Internet fonctionnent de la même façon que ceux de la vraie vie. « Il s’agit tout simplement d’appliquer à la dimension virtuelle les fondamentaux de la vie normale », considère André Dan, pionnier des réseaux en France et formateur en réseautage. En clair ? Donner et recevoir. Les réseaux sont, comme dans la vie, un lieu d’échange, voire de partage. Partage de contact, échange d’informations, et pas seulement via les média virtuels : la plupart des réseaux organisent des soirées ici et là, histoire de consolider les relations entre leurs membres. Car comme dit la papesse du réseautage au Canada, Lise Cardinal, citée par son plus fervent adepte en France André Dan : « le réseautage est d’abord une rencontre physique, relayée ensuite sur le media virtuel ». Une nouvelle version de « les amis de mes amis sont mes amis » ! Alors ceux qui jouent le jeu à fond ne le regrettent jamais. « Réseau zéro » : voilà comment Nathalie Rosenberg résume elle-même la situation dans laquelle elle se trouvait lorsqu’elle a perdu son job en 2003, balayée par la crise. Trois ans plus tard, cette chef de projet Internet tire son bilan : « Le réseau sur Internet m’a redonné l’énergie et la motivation pour sortir de mon isolement après de longs mois de chômage ». Un simple site Internet qui vole au secours des chômeurs ? Pas si simple : pour construire ex nihilo son réseau, Nathalie a beaucoup donné. C’est elle en effet qui a créé le groupe « Offres et demandes d’emplois francophones » sur le réseau européen OpenBC. Des heures et des nuits de travail dans les premiers mois. En total bénévolat bien sûr. « En début 2005, après une quinzaine de jours d’observation, je me suis abonnée sur OpenBC, et j’ai fait une proposition pour créer ce forum », se souvient-elle. Le patron d’OpenBC, Yann Mauchamp soutient l’initiative de Nathalie, lui fournit quelques contacts pour démarrer son forum et l’affaire est rondement menée. Avec patience et détermination, Nathalie rameute de nouveaux interlocuteurs pour étoffer le groupe et anime chaque jour la communauté. « Aujourd’hui nous sommes 464 membres sur ce groupe, contre 200 en décembre dernier », ractonte-t-elle. Et son intérêt personnel ? « « Actuellement, mon profil est consulté en moyenne 70 fois par jour », sourit-elle. « J’ai retrouvé un job chez un ancien employeur. Mais le réseau m’a permis de me constituer de vraies relations, de rencontrer énormément de monde, … un acquis qu’il faut entretenir absolument pour le cas où … » Alors, malgré son job actuel qui lui laisse beaucoup moins de temps libre, elle continue à animer le forum emploi français ! Et c’est bien cette capacité d’échange et de don de soi qui fait la réussite de la démarche. A un bémol près : les dirigeants des réseaux sur Internet sont unanimes, les membres demandent de plus en plus de services leur permettant de cacher leurs informations, leurs contacts, … Ces options payantes arrivent et risquent fort, malheureusement, de dénaturer l’essence même du réseau. Corinne Zerbib Dossier paru dans Courrier Cadres - n°1627 - 4 mai 2006 07/08/2006
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