Ce qui n’a pas l’air de préoccuper nos grands établissements, même si l’Essec de Pierre Tapie organise à travers une opération baptisée "Une grande école, pourquoi pas moi?" des rencontres avec des groupes de lycéens venus de milieux défavorisés. Mais de grâce, rien de plus !
La Conférence enfonce le clou. "Tout en reconnaissant que des soutiens individualisés doivent être apportés aux candidats issus de milieux défavorisés pour les aider à réussir des épreuves qui peuvent leur sembler plus difficiles parce que leur contexte familial ne les y a pas préparés", elle ajoute que "toute autre politique amènerait inévitablement la baisse du niveau moyen".
Traduction : laissez-nous pratiquer en paix le clonage, le propre sur soi et la saine compétition. Et cachez-moi ces petits pauvres que l’on ne saurait voir. Ils risquent de faire baisser la moyenne des élèves « normaux ». De là à ce que les rares boursiers soient accusés d’être la cause de la modeste réputation internationale des grandes écoles françaises…
Tout cela, bien sur, provoque polémique, colère et indignation. Richard Descoings, Directeur de Sciences Po et initiateur d’une ouverture vers les quartiers défavorisés dénonce une "réaction antisociale dans toute sa franchise" dans les colonnes du Monde. "L'intelligence, la curiosité intellectuelle, la capacité de travail seraient donc l'apanage des "riches"... puisque faire une place aux élèves boursiers, c'est-à-dire aux classes populaires et au bas des classes moyennes, ferait "baisser le niveau ".
Le commissaire à la Diversité et à l'Egalité des chances, Yazid Sabeg, rappelle sur France-Inter que la Conférence des Grandes Ecoles est soumise à la ligne politique impulsée par l'Etat, qui est "aujourd'hui de faire de l'ouverture sociale un enjeu tout à fait fondamental de la politique éducative".
Et Valérie Pécresse ? Elle s’est adressée mardi aux « rebelles » en leur disant bizarrement : « Rassurez-vous». Tout en prenant soin de leur rappeler que cette histoire de 30% était seulement un objectif. Pas un quota imposé.
La ministre de l'Enseignement supérieur n’a, sauf erreur, jamais prononcé le mot de quota. Dans son édition du 12 novembre 2009, le journal Les Echos rapporte que, devant Richard Descoings, le patron de Sciences Po, la ministre « a pris l'« engagement » de porter le nombre de boursiers en grandes écoles à 30 %. » Le journal précise qu’il n’y aura « pas de calendrier ni de contraintes formalisée mais une exigence : « Il ne s'agira pas d'une moyenne, mais d'un objectif pour chaque établissement. Les écoles devront mettre en oeuvre chacune un plan d'action pour y parvenir », assure-t-on au ministère. »
En tout cas, Pierre Tapie, le président de la Conférence des grandes écoles, est lui-même une assez bonne illustration de cet ascenseur social de première classe, souvent montré du doigt, mais jamais maîtrisé.
Sa biographie dans le Who’s Who : Pierre, Léon, Jean Tapie est né le 24 août 1957 à Marseille de Roland Tapie, ingénieur et de Mme, née Janine Gautier, enseignante. Après les lycées Schoelcher à Fort-de-France, Lyautey à Casablanca (Maroc), Mignet à Aix-en-Provence, et Thiers à Marseille, le petit Pierre a fréquenté l’Université Paris XI-Sud, l’Institut catholique de Paris (ICP) et Polytechnique. Il est devenu grand. Tant mieux pour lui...