JOBETIC

Diversité
Mardi 5 Janvier 2010

Les grandes écoles snobent les boursiers et le gouvernement

Valérie Pécresse souhaitait que 30% de boursiers puissent intégrer les meilleurs établissements français. La Conférence des Grandes Ecoles répond par un « non » sans appel par crainte d’une « baisse du niveau moyen ». Les enfants d’ouvriers ne dépassent pas 2,2% dans les écoles de commerce et 4,3% dans celles d’ingénieurs. Polémique…



Lire aussi notre dossier: Les 15 jours qui ont secoué les grandes écoles

Après la taxe carbone retoquée, voici le gouvernement snobé. Par la Conférence des Grandes Ecoles, une association composée de la crème de la crème des patrons des établissements français. Deux cent vingt et un rebelles. D’Advancia ou Agro-Toulouse à l’Université de technologie de Troyes en passant évidemment par les Mines, Polytechnique ou l’Essec. La CGE (bien lire conférence et non syndicat, ce qui ferait infiniment moins chic), refuse l’idée de 30% de boursiers admis dans les grandes écoles, comme le gouvernement l’avait souhaité en novembre.

L’association présidée par Pierre (et non Bernard, attention) Tapie, patron de l’Essec et élu en juin dernier, ne s’embarrasse pas de précautions oratoires, "rappelant que l'admission dans les grandes écoles est basée sur le mérite, désapprouve d'une manière générale la notion de "quotas" et réaffirme que les niveaux des concours doivent être les mêmes pour tous"

Premier constat : le mot « mérite » est généralement celui que les partisans du libéralisme sortent de leur sac à malice dès que les partisans de l’égalité (des chances, des salaires) haussent un peu la voix. Deuxième constat : Valérie Pécresse, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, est une fan de l’autonomie des universités. Madame est servie…

Troisième (et plus grave) constat : comme le rappelait Libération en septembre dernier, "selon les statistiques officielles, on compte 11,9% d’enfants d’ouvriers et 15,2% d’enfants d’employés en licence universitaire - ces chiffres diminuent toutefois en master. Or ces taux tombent à 2,2% et 6% dans « les écoles de commerce, des gestion, vente et comptabilité», et à 4,3% et à 6,9% dans celles d’ingénieurs. »"


Clonage, propre sur soi et saine compétition

Ce qui n’a pas l’air de préoccuper nos grands établissements, même si l’Essec de Pierre Tapie organise à travers une opération baptisée "Une grande école, pourquoi pas moi?" des rencontres avec des groupes de lycéens venus de milieux défavorisés. Mais de grâce, rien de plus !

La Conférence enfonce le clou. "Tout en reconnaissant que des soutiens individualisés doivent être apportés aux candidats issus de milieux défavorisés pour les aider à réussir des épreuves qui peuvent leur sembler plus difficiles parce que leur contexte familial ne les y a pas préparés", elle ajoute que "toute autre politique amènerait inévitablement la baisse du niveau moyen".

Traduction : laissez-nous pratiquer en paix le clonage, le propre sur soi et la saine compétition. Et cachez-moi ces petits pauvres que l’on ne saurait voir. Ils risquent de faire baisser la moyenne des élèves « normaux ». De là à ce que les rares boursiers soient accusés d’être la cause de la modeste réputation internationale des grandes écoles françaises…

Tout cela, bien sur, provoque polémique, colère et indignation. Richard Descoings, Directeur de Sciences Po et initiateur d’une ouverture vers les quartiers défavorisés dénonce une "réaction antisociale dans toute sa franchise" dans les colonnes du Monde. "L'intelligence, la curiosité intellectuelle, la capacité de travail seraient donc l'apanage des "riches"... puisque faire une place aux élèves boursiers, c'est-à-dire aux classes populaires et au bas des classes moyennes, ferait "baisser le niveau ".

Le commissaire à la Diversité et à l'Egalité des chances, Yazid Sabeg, rappelle sur France-Inter que la Conférence des Grandes Ecoles est soumise à la ligne politique impulsée par l'Etat, qui est "aujourd'hui de faire de l'ouverture sociale un enjeu tout à fait fondamental de la politique éducative".

Et Valérie Pécresse ? Elle s’est adressée mardi aux « rebelles » en leur disant bizarrement : « Rassurez-vous». Tout en prenant soin de leur rappeler que cette histoire de 30% était seulement un objectif. Pas un quota imposé.

La ministre de l'Enseignement supérieur n’a, sauf erreur, jamais prononcé le mot de quota. Dans son édition du 12 novembre 2009, le journal Les Echos rapporte que, devant Richard Descoings, le patron de Sciences Po, la ministre « a pris l'« engagement » de porter le nombre de boursiers en grandes écoles à 30 %. » Le journal précise qu’il n’y aura « pas de calendrier ni de contraintes formalisée mais une exigence : « Il ne s'agira pas d'une moyenne, mais d'un objectif pour chaque établissement. Les écoles devront mettre en oeuvre chacune un plan d'action pour y parvenir », assure-t-on au ministère. »

En tout cas, Pierre Tapie, le président de la Conférence des grandes écoles, est lui-même une assez bonne illustration de cet ascenseur social de première classe, souvent montré du doigt, mais jamais maîtrisé.

Sa biographie dans le Who’s Who : Pierre, Léon, Jean Tapie est né le 24 août 1957 à Marseille de Roland Tapie, ingénieur et de Mme, née Janine Gautier, enseignante. Après les lycées Schoelcher à Fort-de-France, Lyautey à Casablanca (Maroc), Mignet à Aix-en-Provence, et Thiers à Marseille, le petit Pierre a fréquenté l’Université Paris XI-Sud, l’Institut catholique de Paris (ICP) et Polytechnique. Il est devenu grand. Tant mieux pour lui...




Jean-Pierre Robert



COMMENTAIRES : Nous vous rappelons que, conformément à la loi, tout propos injurieux, diffamatoire ou xénophobe vous expose à d'éventuelles poursuites judiciaires. L'anonymat n'empêche pas votre identification.

1.Posté par Benoit le 05/01/2010 23:51
Bonjour
je trouve votre article assez décevant.

J'ai 40 ans. J'ai été boursier durant toute mas scolarité au taux le plus fort.
J'ai fait une prépa. J'ai passé des concours et intégré une (grande) école d'ingénieur. Je n'ai ni honte ni fierté pour mon parcours.
Je ne dois ma position qu'à mon travail et à aucun quota ou passe droits. J'ai les mêmes compétences que quiconque.
Je suis, à vrai dire, scandalisé par cette idée de quota.
Pourquoi ne pose t on pas la vraie question : le coût pour les familles des deux ou trois années de prépas (et de l'école ensuite) : comment loger à proximité du lycée (il n'est plus à coté) comment se payer les livres ? comment se payer à manger ?
mais non
on va faire des QUOTAs de boursiers : cela ne leur donnera aucun moyen en plus et ils auront le label "je fais partie du quota". Super !

Il faudrait d'ailleurs analyser les motivations sous jascentes ou inconscientes des promoteurs des quotas : si on propose le quota et pas une aide pour les boursiers, n'est ce pas parceque "on" est persuadé de leur moindre valeur ?
C'est bien comme cela que moi, ancien boursier, je perçois cette propositon..

2.Posté par Julie le 11/01/2010 11:15
Juste une question : quel est l'intérêt d'un quota de boursier pour les rares écoles comme Polytechnique où les élèves sont payés?

3.Posté par Jean-Pierre Robert le 13/01/2010 14:03
Réponse à Benoît

A travers les commentaires d’ex (ou potentiels) boursiers dans les journaux ou sur les sites internet, on voit bien que vous êtes loin d’être le seul à ressentir comme blessante l’idée de quotas pour les boursiers. Un mot qui n’a d’ailleurs pas été employé par la ministre, laquelle a seulement parlé d’un «engagement».
L’idée de quota, à défaut d’être appliquée, aura au moins relancé le débat : 2,2% d’enfants d’ouvriers et 6% d’enfants d’employés dans les écoles de commerce, de gestion, vente et comptabilité ( 4,3% et 6,9% dans celles d’ingénieurs), ce sont des chiffres qui montrent une évolution peu probante depuis le 20e siècle.
Au contraire, selon le sociologue Stéphane Arpin (voir notre fil info), les chiffres ont fortement baissé par rapport aux années 1945-1974. A votre avis, faudra-t-il attendre le 22e siècle pour une vraie égalité des chances ?
J.-P.R.

http://www.jobetic.net

4.Posté par Kent le 19/01/2010 14:40
Ai-je bien lu le mot "éthique" en haut de la page ?
Ai-je bien lu que ce site était le fait de journalistes professionnels ?

Est-ce éthique de reprendre les propos de Richard Descoings, selon lesquels les grandes écoles ne voudraient pas des pauvres qui feraient baisser le niveau ? Alors que cette diffamation fait passer la position de la CGE d'un registre légitime (on peut être pour les concours égalitaires ou pour la discrimination positive) à un registre moralement indéfendable (les GE seraient contre les boursiers par haine sociale).
Est-ce professionnel de ne pas vérifier à la source la déclaration de la CGE ? Si vous l'aviez fait vous y auriez lu que celle-ci se prononçait en faveur de l'objectif de 30% de boursiers, mais qu'elle refusait le moyen de quotas obligatoires par école.
Est-il professionnel d'ironiser sur l'action de l'Essec en faveur des candidats défavorisés alors qu'elle est bien plus que ce que en vous dites et que vous ignorez qu'elle a été généralisée à des centaines d'établissements (touchant nettement plus de lycéens que l'opération ZEP de ScPo).
Vous dites que Valérie Pécresse n'a jamais parlé de quotas. C'est inexact, mais elle s'est vite convertie au vocable d'objectifs (non contraignants). Mais Luc Chatel et Yasid Sebag ont parlé publiquement de quotas. Le premier en précisant que c'était "la seule solution", le deuxième en menaçant les écoles de représailles financières. Et un journaliste professionnel aurait du savoir que ce projet de quotas était en discussion dans les cabinets des ministres depuis octobre 2009.
Enfin est-il éthique d'esquisser en conclusion ce qui ressemble fort à une attaque ad hominem contre Pierre Tapie ?
Les GE ont le tort de ne pas avoir réagit plus tôt et plus fort sur la question de la diversité. Cela n'excuse pas la calomnie. Ni l'oubli du fait que les GE arrivent en bout de course. La faiblesse du nombre de candidats de milieux défavorisés à leurs concours, c'est d'abord l'échec de l'école de la République.

Nouveau commentaire :
B i u  QUOTE  URL

Nous vous rappelons que, conformément à la loi, tout propos injurieux, diffamatoire ou xénophobe vous expose à d'éventuelles poursuites judiciaires. L'anonymat n'empêche pas votre identification.
N'hésitez pas à dénoncer tout commentaire contrevenant : contact@jobetic.net, en précisant bien son emplacement.

Actualités | Job Info | Web Emploi | Diversité | Guide | Annuaire | Conseils | Handicap | Agenda | Parcours | Publi-information | Changer de vie | Test CV | Podcasts | Jobetic | Techweb | Techno RH | Diversité RH | Cart@jobs | Boutique


Newsletter

Trouver un article dans Jobetic



Les News





Participez à la discussion !







Les News


Add to Netvibes


Annoncez sur Jobetic










Photos Libres