Jobetic | CV, jobs et emploi

Emploi

Les filières en déficit de candidat aux USA... et en France

Point de vue

Les métiers à bac plus ou moins deux sont souvent délaissés, or ils vont offrir dans les années qui viennent de nombreuses opportunités. Comment revaloriser ces métiers ? Comment mieux former notre jeunesse ? Christian Malécot, spécialiste du recrutement, nous livre son point de vue…



Christian Malécot
Christian Malécot
Un récent rapport publié aux USA intitulé « l’Amérique des emplois oubliés à moindre qualification/America’s Forgotten Middle Skill Jobs » par Harry Holzer, professeur de l’université de Georgetown, met en évidence le déficit croissant de qualifications nécessaires pour les emplois nécessitant une formation de type Baccalauréat ou post collège.
En effet, même dans une économie dite du savoir, la société a besoin de plombiers, d’électriciens, d’infirmières et de travailleurs dans la construction.

Une estimation globale fixe à près de 45 pour cent les emplois crées d’ici à 2014 pour des postes de niveau bac ou équivalent.

L’accent mis ces dernières années sur les filières de l’enseignement supérieur 2e et 3e cycle et les métiers issus du tertiaire ont en partie éclipsé des besoins dans d’autres secteurs.
Le désintérêt pour ces filières s’explique en partie par leur moindre attractivité, sur le plan de la formation et plus encore au niveau de la valorisation sociale.

Si de nouvelles approches ne sont pas prises, comme le rapport le conclut, l’économie en souffrira : « Sans initiatives visant à relier ces nouvelles exigences professionnelles avec l'éducation et la formation, les employeurs devront importer des travailleurs… et / ou modifier leur stratégie de production de façon à éliminer potentiellement des emplois productifs ».
Ce phénomène nous le connaissons bien en France où, depuis plus de 50 ans, certains débouchés au sortir de l’université ont été survalorisés créant immanquablement des déceptions à la mesure des attentes quand le diplôme ne débouchait pas sur un emploi.
La tendance à suivre des études sans se préoccuper des débouchés est encore largement suivie, souvent par manque d’information ou parce que les évolutions rapides de l’économie rendent nécessaires des adaptations permanentes des filières.


Orientation, formation, revalorisation et débouchés...


Cette orientation hasardeuse conduit souvent à des révisions déchirantes sur des métiers non choisis au départ et présentés comme des exutoires alors qu’ils sont tout autant créateurs de valeur et surtout comportent de nombreuses opportunités de carrière. Il suffit de voir pour s'en convaincre le déficit des candidatures dans certains métiers (que dire en effet du manque d’apprentis des professions de l’artisanat) par opposition au cortège de « surdiplômés » dans des filières où les entreprises recrutent peu.

Les métiers manuels de l’artisanat ont déjà fait l’objet de tentatives de revalorisation toujours assez timides tant ils apparaissent souvent à l’encontre de la « tendance » actuelle.
La sous-valorisation des métiers dits manuels vient aussi souvent d’un oubli à favoriser chez l'enfant sa dextérité, à lui apprendre le geste juste qui lui permettrait de se découvrir un talent et peut-être un métier. En contribuant à éveiller le regard de l'enfant sur le bel ouvrage et ce qu'il représente de savoir-faire et de patience, on le sensibilise aussi à notre incomparable patrimoine. Celui qui aura appris à monter un mur, fabriquer un objet en bois, saura respecter et protéger son environnement. Quel meilleur moyen de parler de développement durable, si l’on est sensibilisé déjà à l’accomplissement d’une œuvre ?

En réussissant un ouvrage, l'enfant découvre le lien qui existe entre l'étude abstraite et le concret de la réalisation : le cours de mathématiques ne prend-il pas tout son sens lorsque l'on peut le projeter sur un dallage à réaliser ? C'est ce que Pierre Gilles de Gennes, prix Nobel de physique, appelle "l'esprit de leçons de choses", celui qui développe le goût de l'observation et du travail manuel, le bon sens, la sociabilité.

Mais les métiers manuels ne sont pas les seuls oubliés. Bon nombre de secteurs connaissent des pénuries de collaborateurs, et doivent s’organiser pour faire face au développement de leurs effectifs. Encourager de réelles perspectives de carrière est souvent le fait d’entreprises qui, ne trouvant pas de qualifications adaptées à leur besoin, créent de toutes pièces des cursus professionnalisants afin de pallier au déficit de recrutement de certains métiers. C’est le cas par exemple des secteurs de la distribution, de la santé, des transports et de la construction qui développent fréquemment un cursus et une promotion de ces métiers en interne afin d’attirer et de fidéliser.


Ce sont les entreprises qui doivent être plus flexibles

On estime que l’économie française devra faire face en moyenne chaque année à 750.00 besoins de recrutement d’ici à 2015, dont 80 % dus aux départs à la retraite des générations du baby-boom et 20 % dus à des créations nettes d’emplois. Une situation qui, selon le « Rapport sur les métiers en 2015 », publié en janvier 2007 par le Conseil d’analyse stratégique et Dares (1), ne provoquera certes pas une pénurie généralisée de main-d’œuvre. Mais se traduira tout de même par « des difficultés de recrutement dans certains métiers et certains bassins d’emplois », qui « pourraient mettre en danger la pérennité de certaines petites entreprises et limiter la croissance des moyennes ».

Nous sommes bien dans une situation comparable à certains égards à celle des Etats-Unis mais avec une différence de taille : les entreprises françaises n’ont toujours pas pris conscience que cette pénurie doit les rendre plus flexibles sur les profils qu’ils recherchent. Les entreprises les plus pragmatiques sont celles qui ont déjà franchi le pas. Dans le secteur du commerce interentreprise, qui a déposé 93.000 offres d’emplois au cours des trois premiers trimestres 2007, dont seulement 87.600 ont été satisfaites, on s’est livré pendant quatre ans à un intense lobbying pour réformer les trois BTS, que s’arrache maintenant la profession.
Il est donc facile de prévoir que la recherche de candidats va être de plus en plus stratégique dans la politique de recrutement des entreprises. L’évaluation du potentiel dont la personnalité est un des axes, sera également un moyen de faire face à la pénurie qui s’installe dans certains métiers pour plusieurs années.

(1) Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques.


15/01/2008




Actualités | Emploi | Recrutement | Diversité | Handicap | Guide | Annuaire | Agenda | Changer de vie | Test CV | Cart@jobs


Recherche d'offres d'emploi

Offres d'emploi avec Optioncarriere

______


______

BlogBang

______



Photos Libres