Témoignage en réaction à l’article 'Les recruteurs doivent s’adapter aux jeunes candidats zappeurs', commentaire rédigéle 26/01/2007…
« Encore récemment chercheur d'emploi, et encore plus récemment recruté et désormais (re)devenu recruteur, j’ai le sentiment d'appartenir aux deux bords de ce Styx qu'est le recrutement. Merci aux lecteurs de ne pas me mettre sur le bûcher tout de suite, on va peut-être finir par se mettre d'accord ;) !
Problème N°1 générateur de comportement désinvolte chez les candidats : l'intérêt qui se transforme en ignorance. Qu'un candidat soit directement contacté par un recruteur ou qu'il ait "simplement" répondu à une annonce, celui ci a investi du temps et s'est probablement investi émotionnellement dans cette quête du Saint Graal que peut être ce "banal" emploi.
Force m'est de reconnaître qu'il est inadmissible qu'une personne ayant été sollicitée (directement ou indirectement) ne reçoive pas une réponse de quelque nature que ce soit dans des délais "décents" - déterminer ce qu'est un délai décent est là encore un tout autre débat !
Mais dans certains cas le recruteur croule sous les demandes de candidats. Il lui est difficile de répondre à toutes (notamment de par les différents moyens de communication) sans un minimum d'organisation préalable. Il est dans ces conditions d'autant plus ardu de pouvoir préciser la cause précise du refus, eu égard au timing souvent serré auxquels sont astreints les chargés de recrutement. Mais ce ne sont bien entendu pas des excuses, juste des explications. Idéalement il va de soi que cette réponse devrait être personnalisée un tant soit peu et encore davantage si le candidat est allé au delà de la classique présélection de CV.
Problème N°2 de cette "désinvolture" : la masse d'informations. Aujourd'hui, les candidats reproduisent ce que les recruteurs font eux mêmes : ils se font connaître, de partout si possible. Ainsi il n'est pas étonnant pour un recruteur de se retrouver au téléphone avec un candidat qui ne se souvient pas avoir postulé ou inversement, pour un candidat d'être "face" à un recruteur qui n'a pas connaissance de sa candidature (bien que celui-ci ait déjà pu s'entretenir avec lui au téléphone voire davantage....).
Tous ces problèmes peuvent partiellement se résoudre au moyen d'une "boite à outils" que ce soit une candidathèque performante pour les recruteurs ou un outil de suivi des candidatures adapté pour les candidats.
Pourquoi partiellement ? Parce que d'un côté comme de l'autre, on ne se ballade pas en permanence avec un son ordinateur sous le bras ;).
Problème N°3 : Le Marché (sic). Selon le secteur d'activité, celui-ci peut-être soit tendu soit complètement lâche. Dans l'un ou l'autre cas, les recruteurs sont souvent "piégés" au jeu de l'offre et de la demande et sont forcés de faire de l'abattage de CV, de communications téléphoniques, d'entretiens de visu, etc. afin de trouver "LA" perle rare.
Il faut reconnaître que l'empressement de certains recruteurs n'inspire pas la confiance du candidat et lui donne souvent l'impression d'être un morceau de viande. Je trouve que le terme est un peu dur mais il est fréquemment employé par les candidats mécontents, ce qui démontre un réel malaise... C'est particulièrement ce qui doit être ressenti par un candidat lorsque celui-ci se déplace à ses frais à l'autre bout de l'Hexagone pour un entretien où son hôte, en guise de conclusion, lui sert un simple mais efficace : "merci, on vous rappellera..." Fait encore plus édifiant lorsque l'entretien a commencé en retard par la faute du recruteur et que le candidat loupe son train de retour... Ce n'est hélas pas de la fiction...
Problème N°4 : L'incompétence du recruteur. Dans bon nombre de cas, le recruteur est un généraliste. Son problème est qu'il doit sélectionner une ou plusieurs personnes dont le métier n'est souvent pas le sien, difficile donc de présenter correctement le poste à un candidat ou même de trouver la bonne personne... Beaucoup de recruteurs pensent pouvoir tirer leur épingle du jeu à partir d'un simple intitulé de poste et une ou deux compétences requises.
Mais de l'autre coté de la barrière le candidat veut en savoir plus, ce qui est parfaitement légitime. Comment prendre au sérieux une personne qui vous appelle pour vous proposer un emploi dont elle ne sait rien ou presque ?...
Recruteurs (et je m'inclus dans le lot), informez-vous davantage avant de vous lancer !
Problème "Bonus" : le trou dans le CV ou la plaie qui ne veut pas cicatriser. J'ai hélas pu constater qu'auprès de nombreuses sociétés, un trou mal placé dans le CV, surtout si on est chronologiquement en plein dedans, peut faire très mal. Au delà de 6 mois il faut commencer sérieusement à s'inquiéter car l'employabilité du candidat s'amenuise aux yeux des recruteurs. Au bout d'un an d'inactivité, à moins d'être doté de compétences rares ou de pouvoir justifier logiquement cette période, on pourrait presque parler de "Coma professionnel" handicapant à la recherche d'un emploi.
Je ne partage bien entendu pas cette vision et nombre de mes homologues non plus d'ailleurs, mais la loi de l'offre et de la demande revient aussitôt sur la table et il est souvent difficile de déroger aux desiderata du "client".
Mentir sur son CV est-il alors la bonne solution ?
Là encore, il s'agit d'un autre débat...
Pour conclure, je suis donc convaincu qu'il ne s'agit pas d'un problème de conflit générationnel mais plutôt d'une désorganisation contextuelle, due notamment à la multiplication des échanges, qui a donné naissance une incompréhension générale en chaîne, elle-même mère de la désinvolture ambiante, même si elle n’est pas généralisée, je tiens à le préciser ! »
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