Homosexualité : en parler au travail, mais pas avec n'importe qui...
A la suite de la publication, début mars, par la HALDE, d'une étude sur l'homophobie dans l'entreprise, Jobetic a demandé à Aurélie T. ses réactions et ses analyses en tant qu'homosexuelle. Le rapport est-il au-dessus ou au-dessous de la vérité ? Que peut-on dire en entretien, au bureau ?
Premier point à souligner : le rapport de la HALDE (*) s'appuie sur des témoignages de personnes travaillant majoritairement dans de grandes entreprises. Il souligne à juste titre que « réaliser une recherche sur la question de l'orientation sexuelle soulève de nombreux obstacles méthodologiques tant le sujet est tabou dans la société dans son ensemble, et tant il est impossible aujourd'hui de viser une quelconque représentativité, faute de données statistiques nationales sur les personnes homosexuelles ».
Ainsi, nous n'avons pas de réel aperçu de ce qui peut se passer dans des petites entreprises, qui représentent pourtant la majorité des entreprises françaises. Je tiens à rappeler au passage, que d'après une étude menée par l'INSEE en 2004, les entreprises dont le nombre de salariés est inférieur à 250 représentent 42,20 % du nombre total. Les sociétés représentées ne sont donc équivalentes qu'à environ 45 % du nombre total.
Néanmoins, si l'on s'en tient à ma simple expérience qui n'est faite pour le moment que de petites entreprises, je pourrai dire en bonne normande que cela dépend des personnes côtoyées !
(*) « Homophobie dans l'entreprise », sous la direction de Christophe Falcoz, collection Etudes et recherches, Publication à la Documentation française, 192 pages, 15 euros
En entretien d'embauche, ce n'est pas évident
Il m'est déjà arrivé, lors d'un entretien, de glisser l'information que j'étais lesbienne parce que j'en avais assez de devoir passer sous silence le fait que j'étais en couple depuis déjà quelques années. Que répondriez-vous si l'on vous demandait « et votre ami, dans quoi il travaille ? ». Ni une ni deux, j'ai répondu du tac au tac « c'est pas ‘il', c'est elle ! » et expliqué ce qu'elle faisait. J'ai eu de la chance, car c'est passé comme un courriel sur le Net. Le directeur, il est vrai, était un brin gêné sur le coup, mais nous avons continué ensuite de discuter comme si de rien n'était.
J'avoue que c'est la seule et unique fois que j'ai évoqué cela pendant un entretien d'embauche. Je n'avais pas trop à y perdre, étant donné qu'il ne s'agissait que d'un CDD de quelques semaines. Cela dit, cela ne m'a pas empêchée d'être prise.
Mais je ne dirai pas ça à tous les entretiens, je ne suis pas non plus suicidaire!
Comment se comporter avec les « z'homsédés »
L'un de mes collègues m'a justement suggéré de ne pas parler du tout de mon homosexualité aux autres personnes de la société dans laquelle je me trouve actuellement. Il est vrai que lorsqu'on voit la mentalité déjà bien avancée en machisme, il ne fait pas bon y être lesbienne, surtout lorsqu'on est la seule et unique femme dans les murs. Je joue donc sur les mots : « amie », qui peut être compris au masculin, « on » qui ne demande pas d'accord féminin pluriel... Et lorsqu'on me parle de « lui » je laisse dire, en regardant mon collègue avisé, du coin de l'œil et avec un sourire. Très drôle, surtout lorsque lui-même en remet une couche, alors qu'il sait tout !
Lorsqu'on me fait des remarques machistes, comme quoi c'est « mon ami » qui doit sans doute bricoler à la maison, je laisse dire en faisant comme si je n'avais pas entendu.
Il y a des passages cela dit très amusants, où les « z'homsédés » regardent de subtils calendriers de « routiers » et où je jette un œil en passant et en disant par exemple « pas mal !! ». Et eux ne doivent rien y comprendre, sauf, bien entendu le collègue qui sait tout, et qui rit dans sa barbe !
Ce qui manque dans l'enquête de la HALDE
Pour revenir à l'enquête menée par la HALDE, il aurait été intéressant qu'elle cherche d'avantage à viser les femmes. En effet, celles-ci ne représentent que 310 sondés sur 1 413 (soit 21,94 %).
Cependant, il est vrai que les lesbiennes sont plus difficiles à repérer que les gays, dans la plupart des cas. Cela est dû à plusieurs raisons :
• Les lesbiennes ne sont souvent pas comme on l'imagine des « routières » (« butchs » comme on dit dans le milieu), mais des femmes comme les autres.
• Il est plus difficile de se défendre face aux remarques déplacées qui viennent le plus souvent de la gente masculine, sachant que ces mêmes remarques peuvent être décochées aux « Madame Toutlemonde ».
Comme le souligne l'un des commentaires paru dans le rapport de la HALDE, les hommes pensent souvent, de par un besoin de domination, que la lesbienne est juste une femme qui n'a pas trouvé le bon homme et qu'il suffirait de lui faire l'amour une bonne fois pour la remettre dans le droit chemin et la faire changer d'avis sur la question. Quelle lesbienne n'a pas entendu cela ne serait-ce qu'une fois ?! J'en ai moi-même déjà fait les frais.