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Diversité
Lundi 17 Novembre 2008
Handicap 2008 : des actions tous azimuts sur fond de criseNajiba Fradin, directrice adjointe de l'Agefiph : « Nous allons suivre de près 27 000 entreprises »
L’année 2008 est on ne peut plus contrastée pour l’organisme qui gère les quelques 460 millions d'euros provenant essentiellement des "contributions" des entreprises ne respectant pas la loi sur l’emploi des handicapés. D'un côté, cet été, le gouvernement a annoncé une « ponction » de 50 millions d’Euros sur son budget, tandis que de l'autre, l’Agefiph a entrepris une vaste campagne d’incitation auprès de chacune des 27 000 entreprises de plus de 20 salariés qui n’a recruté aucune personne handicapée. Un énorme chantier que l’Agefiph compte terminer fin 2010. Les explications de Najiba Fradin, la directrice adjointe de l’Agefiph.
Comment allez-vous procéder pour convaincre 27 000 entreprises ? C'est en effet un chantier énorme. Nous avons d’abord mis au point un cahier des charges qui permet de définir précisément la méthodologie des actions que nous avons confiées à des sous-traitants. Pour ce faire, nous avons agréé 109 intervenants sur l'ensemble du territoire. Leur mission consiste à toucher 10 à 13 000 établissements sur l’année 2008 et le reste jusqu'à fin 2010. Ces intervenants procèdent en premier lieu à un diagnostic simple. Ensuite, il leur faut accompagner chaque entreprise pour qu'elle réalise au moins une action positive. C'est-à-dire soit un recrutement de personne handicapée. Soit une prestation d'achat ou de service avec les établissements de travail protégé. Quel est le coût pour ces entreprises ? Notre prestation est gratuite pour toutes celles qui acceptent nos préconisations. Nous leur proposons l’ensemble des outils disponibles en les aidant à identifier une action positive. Mais aussi, nous les informons sur les risques et le coût des pénalités si elles ne font rien. Y a-t-il un portrait robot du « mauvais élève » en matière d’emploi pour les handicapés ? Difficile de les montrer du doigt car 80% des 27 000 établissements n'ont pas de DRH, donc ne disposent pas d'un cadre capable de s'investir pleinement. Parmi les secteurs les plus concernés, on trouve le commerce, la réparation automobile, l’immobilier, les services aux entreprises... Où en est-on aujourd’hui ? A ce jour, les choses se passent à peu près bien. Nous allons bientôt dresser un bilan et j'ai déjà des éléments intermédiaires qui me permettent de penser que les mentalités évoluent. Les intentions sont là, contrairement au discours précédent qui se résumait à : "On préfère payer". Le diagnostic sur les premiers milliers d’entreprises concernées est pour l'instant de 2 à 3 préconisations d’action positive par établissement. La préconisation n'est pas une idée théorique, mais une démarche concrète. Il est vrai aussi que certaines de ces entreprises sont assujetties depuis très peu de temps à la loi sur le handicap. Elles se posent la question pour la première fois. D'autres ont déjà eu une expérience, avec un salarié handicapé, mais elles ne peuvent pas recruter car elles sont en bute à des difficultés économiques... Les plus petites entreprises découvrent un certain nombre de possibilités en conformité avec la loi : sous-traitance, accueil de contrats en alternance ... D’où un aspect largement psychologique ? Notre démarche, c’est aussi la prévention devant les réticences et les craintes partagées par tous les acteurs, y compris par les personnes handicapées elles-mêmes. Nombre de personnes handicapées ont en effet très peur de se mettre en situation d'échec, peur de la représentation d'elles-mêmes, d'où les actions de préparation à l'emploi. Le phénomène est similaire dans les organismes de formation ou à l’école : dans notre société, le handicap n’évolue au grand jour que depuis peu. Nos fils et nos filles ne fréquentent peut-être pas beaucoup de jeunes handicapés, mais demain, les enfants auront d'autres réflexes, grâce aux dispositions de la loi de 2005. Qu’en est-il pour les grandes entreprises ? Pour les grandes entreprises, les problématiques sont différentes : elles lancent de grandes opérations de communication sur la diversité, sur l'application de la loi, mais aussi des opérations de communication interne : dialogue à tous les échelons, besoin de mobiliser les salariés sur le sujet, mission des grandes entreprises qui sont des leaders d'opinion, communication intéressée. S’agit-il vraiment d’action, ou de recherche d’image ? Dans les grandes entreprises, je rencontre beaucoup de responsables et de DRH : force est de constater que leur démarche est assez sincère sur le sujet. Ces sociétés comptent beaucoup de personnes qui ont contracté des handicaps dans le cadre de leur travail. Elles sont tout à fait en position de responsabilité. Il est vrai aussi que les entreprises de cette taille recrutent des profils qu'on ne trouve pas chez les handicapés. Il faut donc tenir compte de l'adéquation entre offre et demande. Communiquer pour une grande entreprise, c'est aussi « faire savoir », afin d’obtenir des candidatures. Car le premier problème pour une personne handicapée est le niveau de qualification. La crise financière et économique actuelle a-t-elle des répercussions sur l'emploi des chercheurs d'emploi handicapés ? On constate les mêmes mécanismes que lors des décroissances d'emploi précédentes : le ralentissement touche très vite les personnes handicapées. Et quand la reprise revient, il faut plus de temps pour reprendre le rythme. Nous réfléchissons à des mesures ou à des dispositions pour traverser cette période. Il faut en particulier relancer les mesures en faveur des seniors, aider les Cap emploi, lancer des actions de formation supplémentaires, proposer des actions de formation une fois que le contrat de travail est signé... Quels sont les programmes de formation les plus suivis par les personnes handicapées ? Correspondent-ils aux demandes des entreprises ? Nous mobilisons en premier les politiques de formation de droit commun : il n'y a pas de raison que les personnes handicapées n'aient que des formations spécifiques. Localement, nous faisons des diagnostics et nous complétons en fonction des besoins : préparation à l'entrée en formation, définition de projet professionnel... . Une personne handicapée a souvent plusieurs besoins : au départ, il faut dresser un bilan. Qui commence souvent par faire le deuil des capacités antérieures. Exemple : une personne travaillait sur un chantier puis, à la suite d'un accident, il lui faut voir les choses autrement. Tout commence donc par une action de définition de projet. Lorsque les personnes touchées sont peu qualifiées, ce n'est pas simple. Mais n'oublions pas : l'essentiel des handicaps s'acquiert en cours de vie; ils se cumulent avec le vieillissement, il y a donc une forme d'aggravation. Dans le contexte actuel, l'annonce par l'Etat de la "ponction" de 50 millions d'euros sur le budget de l’Agefiph n'est-elle pas fortement handicapante ? Ce projet ne touche pas notre action 2008 et 2009 : il n'y a donc rien de nouveau sur ce sujet. Un projet de loi de finances met un certain temps à être débattu. Nous avons eu des rencontres. Le projet est en stand by depuis un mois et demi.
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