« Il est plus difficile de chercher du travail que de travailler » a rappelé Annie Thomas, secrétaire nationale de la CFDT en conclusion du colloque « De l’exclusion à l’emploi ». Au-delà des déclarations d’intention, des expériences concrètes ont été échangées lors de ce colloque organisé le 18 juin par la CFDT et en présence de Martin Hirsch*, haut-commissaire aux solidarités actives.
Karim, invité pour témoigner de son expérience en contrat aidé, travaillait de nuit et recherchait un « emploi normal ». C’est à l’ANPE qu’il a découvert le contrat Pacte junior, crée en 2005, « un super concept » qui permet à des jeunes entre 16 et 25 ans, sans qualification, d’intégrer des emplois de catégorie C dans la fonction publique sans concours. Ce contrat dure un an ou deux maximum et propose une formation en alternance. Aujourd’hui Karim est titularisé et occupe un poste d’agent technique au Conseil Général de Loire-Atlantique. Motivé, il va « maintenant passer les concours de la fonction publique».
Karim, Sandra ou encore Christiane, satisfaits d’être titularisés, ont raconté leurs difficultés à être reconnus comme « un salarié comme les autres », trop souvent confrontés à l’image du « jeune en difficulté », issus de zone sensible, «inemployable » pour bon nombre d’employeurs.
Le projet « 6000 compétences pour l’Estuaire», en Pays-de-la-Loire, prévoit d’embaucher des centaines de personnes en CDI pour un groupe de grandes entreprises (ACCER, Total, Airbus). Parmi les autres projets initiés par la CFDT (sept au total), figure la ville de Maubeuge (Nord) qui, avec ses partenaires, fait le lien entre des jeunes de zone dite « sensible » et des entreprises du secteur automobile, comme Renault.
L’hôpital du Havre (Seine-Maritime) a intégré quant à lui 250 jeunes qui souhaitaient se réorienter dans la fonction publique.
L’objectif affiché de ces diverses expérimentations est de « sécuriser les parcours professionnels » des individus. Si les expériences sont plutôt concluantes région par région, plusieurs obstacles ont été relevés :
- le manque de moyens, qui empêche par exemple l’hôpital du Havre d’embaucher les salariés à la fin de leurs contrats d’avenir
- le manque d’accompagnement et de tuteurs qui garantissent pourtant la bonne intégration du nouveau salarié (1 agent référent pour 120 personnes à la mairie du Havre)
- des contrats à « temps partiel » qui limite toute autre activité, comme les vacataires affectés aux « points-écoles », pour sécuriser les routes devant les écoles, qui nécessite une présence quatre fois par jour, quatre fois par semaine, pour 300 euros par mois.
- des formations professionnelles mal adaptées, faites sur le temps personnel du salarié
- le décalage entre la loi et son application concrète et les différences entre les collectivités.
De l’avis général, l’insertion ne peut être réelle sans un emploi durable, un accompagnement et une reconnaissance de ses pairs et de sa hiérarchie. Une réflexion reprise par le Haut-Commissaire aux solidarités actives, Martin Hirsch qui a réaffirmé vouloir renforcer l’accompagnement à l’emploi et instaurer un contrat d’insertion unique, afin que l’égalité des droits soit garantie pour tous.
* En présence d’Annie Thomas, François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, Martin Hirsch, haut-commissaire aux solidarités actives, des élus de collectivités locales, des acteurs syndicaux (CFDT en grande majorité, mais aussi CGC, MEDEF, CGT), des associations (comme la FNARS, ATD Quart Monde) et les quelques salariés bénéficiaires invités.