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Handicap
Dossier spécial Semaine Handicap : l’emploi s’améliore, le tabou subsisteTémoignage au Canada : Kuen Tang chez les comics
Une certaine affinité avec les comics US (que vous comprendrez en fin d'interview !) nous a fait découvrir la belle histoire canadienne de Kuen Tang. Avec son mari Robert Burke Richardson et Martin Morazzo, ils ont récemment remporté le concours Zuda Comics organisé par la prestigieuse maison d’édition DC Comics, leur permettant ainsi la publication prochaine de leur album Absolute Magnitude. Devenue tétraplégique après un terrible accident de voiture, Kuen Tang a accepté de partager son histoire sur Demactive.fr, faite de beaucoup d’espoirs et détermination. Un autre regard au-delà des frontières...
Pouvez-vous nous présenter votre parcours en quelques lignes ? En août 2001, je suis devenue tétraplégique après avoir perdu le contrôle de mon véhicule sur l’autoroute, en Colombie Britannique. Le choc m’a projetée à l’extérieur et brisé la colonne vertébrale. Mon mari Robert était à mes côtés et a souffert de plusieurs blessures et d’une fracture. Avec son soutien et celui de ma famille, j’ai alors décidé de réaliser mon rêve en allant jusqu’au bout de mes études universitaires, pour obtenir mon diplôme d’enseignante! En juin 2006, je devins la première femme tétraplégique à décrocher ce diplôme avec spécialisation en école primaire à l’université d’Alberta et, en parallèle, à faire de l’aviron en équipe par stimulation fonctionnelle électrique. La même année, je fus nommée ambassadrice de la Fondation Rick Hansen, puis membre de la commission du Premier Ministre sur le statut des personnes handicapées en 2008. Actuellement, je travaille comme coordinatrice pour la Canadian Paraplegic Association. Mon rêve actuel est de parvenir à faire changer les regards au-delà de mon handicap, ce qui me permettrait d’exploiter mes compétences en matière d’éducation auprès des jeunes générations et de les inspirer pour le futur. A partir de quand vous êtes-vous intéressée aux bandes dessinées ? J’ai toujours aimé lire les BD, en commençant par les BD chinoises à 5 ans, puis les mangas japonais à l’âge de 13 ans, avant d’aborder les comics américains au lycée. J’ai participé pour la première fois à la création d’une BD quand mon mari a commencé à en écrire il y a quelques années. Il m’a alors demandé de lui créer des logos, dont le tout premier figure sur son album paru cette année. Je n’ai commencé le lettrage qu’en 2008, quand Robert m’a demandé de lui apprendre à utiliser Adobe Illustrator pour lettrer lui-même ses comics. N’étant pas très à l’aise avec ce logiciel de son côté, j’ai essayé du mien et c’est ainsi que j’ai découvert une nouvelle voie ! En quoi consiste le lettrage d’une bande dessinée ? La personne chargée du lettrage incorpore tous les textes, dialogues et autres onomatopées sur la page de BD. C’est une partie intégrante du dessin lui-même. Créer des comics, c’est un peu comme créer un film : le scénariste est le metteur en scène, le dessinateur joue le rôle des acteurs et actrices, et le lettreur est la personne qui tient la caméra. En tant que lettreur, j’ai en charge la fluidité de l’histoire d’une scène à l’autre, pour amener les lecteurs et lectrices à distinguer certains détails importants de l’histoire. En quoi l’épreuve de votre accident vous a fait découvrir une nouvelle part de vous-même et quelles ont été les difficultés dans l’environnement professionnel ? Après l’accident, j’ai découvert que j’étais une personne beaucoup plus forte, déterminée et plus résistante que je n’aurais pu le soupçonner auparavant. J’ai pu intégrer cette nouvelle situation et ce nouveau corps, grâce au soutien indéfectible de mon entourage familial et de mes amis. Je me suis lancée le défi de surmonter les rejets et de me battre contre le "Non, tu ne peux pas faire cela !". Là où j’ai le plus changé, c’est que je ne prends plus les choses comme auparavant. Ayant pris conscience de cette vie plus courte, j’en profite pleinement au jour le jour ! La plus grande difficulté rencontrée dans ma vie professionnelle, ce sont les préjugés de la société sur les "capacités" des personnes dites en "incapacité". Il est très difficile d’intégrer l’éducation nationale en tant que tétraplégique. Surtout l’école primaire, car la plupart des acteurs du système scolaire ne peuvent concevoir qu’une personne handicapée puisse faire cours à des enfants… L’état d’esprit est radicalement différent dans mon travail actuel à la Canadian Paraplegic Association ! Des dispositions ont-elles été prises au Canada pour la scolarisation des enfants handicapés ? Oui, nous appelons cela "l’inclusion". Cette politique, inscrite au niveau fédéral, a débuté en Alberta à la fin des années 90. Ces deux dernières années, le gouvernement local d’Alberta a lancé une nouvelle initiative intitulée "Donner la direction à l’éducation spécialisée". Le principe consiste à recueillir les suggestions du corps enseignant, des parents, des enfants handicapés et des associations, quant aux meilleurs moyens de faciliter l’inclusion dans le système scolaire. J’ai participé aux 3 phases du groupe de travail dédié à cette initiative, que j’espère voir aboutir rapidement pour favoriser davantage cette scolarisation en "milieu ordinaire". Quelles sont les mesures importantes prises au niveau fédéral concernant le handicap dans la société ? Il y a plusieurs programmes et mesures importantes pour aider les personnes handicapées : financement par le gouvernement canadien des associations qui œuvrent en ce sens, notamment dans l’emploi, une récente loi permet aux personnes handicapées de disposer de deux places dans un avion pour le prix d’une seule, en cas de besoin d’assistance à bord, aides financières pour la rénovation et la mise à niveau des habitations, pour une meilleure accessibilité et un mieux-vivre chez soi (dispositifs RRAP Residential Rehabilitation Assistance Program et RAMP Residential Access Modification Program), bourses spéciales accordées aux étudiant-e-s handicapé-e-s, … Il ne s’agit que de quelques exemples parmi de nombreuses autres mesures prises en faveur des personnes handicapées. Un dernier mot Kuen pour nos lectrices et lecteurs ? Mon histoire est un exemple parmi tant d’autres, au Canada comme en France. Je souhaite qu’elle puisse contribuer à mieux considérer les personnes où qu'elles soient, non pour leurs "incapacités", mais bel et bien pour leurs talents et réelles capacités ! Propos recueillis par David Malgrain ► En collaboration avec le dessinateur de BD Chris Malgrain, à retrouver sur le web : http://oniriccity.afs-team.fr 16/11/2009
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