Nous l'annoncions dès le 1er avril, le
Testing de la Halde se prendrait les pieds dans le tapis. Malheureusement, c'est maintenant chose faite.
Malgré quelque dix mois de travaux et 570.000 euros de budget, le fameux testing de la Halde a finalement accouché d’une souris. Trois entreprises seraient discriminantes : le site Accor Job sur l’origine, et le Crédit Agricole et Mercuri Urval sur l’âge - mais sans que l’on puisse savoir jusqu’à quel point ! La Haute Autorité refuse d'étayer ces affirmations par des chiffres précis. Et l'enquête n'a pas pour vocation de déclencher des poursuites.
Trois donc seulement parmi les vingt «
tirées au sort », dont 15 entreprises du CAC 40 : Accor Jobs, AGF, Bouygues, Crédit Agricole, Danone, EADS, France Telecom, Lafarge, Lagardère, Pernod Ricard, Saint-Gobain, Sanofi, Total, Veolia, Vinci, et 5 intermédiaires de l’emploi : Adecco, Futurestep, Manpower, Mercuri Urval, Michael Page.
Sans surprise, les trois entreprises montrées du doigt contestent vivement* la méthodologie employée, avec le soutien de quelques autres testées et non épinglées.
Parmi les rares éléments statistiques qui filtrent du rapport : globalement, sur l’ensemble de 20 entreprises, les candidats d’origine africaine ont 22.7% de chance en moins d’être convoqués à un entretien.
A titre de comparaison, selon le testing réalisé cette fois par le
Bureau international du travail en 2007, près de 4 fois sur 5, un recruteur français préfèrera employer un candidat au nom à consonance française plutôt qu'un candidat d'origine maghrébine ou africaine... Une sacrée différence entre les deux testings !
En forme d'explication, le président de la Halde, Louis Schweitzer conclut
« que les grandes entreprises, particulièrement les grandes entreprises du CAC 40 sont assez attentives à ne pas discriminer ».
Malek Boutih, secrétaire national du PS, s'est montré quant à lui plutôt sceptique en estimant, sur Canal+, «
surprenant qu'une institution, une haute autorité administrative, ne fasse pas mieux que ce que je faisais à SOS racisme pour 50 fois ou 100 fois moins cher qu'eux ».
«
Avec ces résultats faibles, imprécis et qui servent bien peu la lutte contre les discriminations, le testing géant vient de faire pschitt », écrit Patrick Lozès, président du CRAN (Conseil représentatif des associations noires de France), dans son
blog.
Jean-François Amadieu, directeur de l'Observatoire des discriminations qui a réalisé ce testing pour la Halde, s'est justifié sur Europe 1 en parlant d'« intox » : «
Nous avons pris beaucoup plus de précautions que dans les enquêtes habituelles de ce genre, y compris celles du BIT... Personne n'ignorait du reste les réactions que nous aurions. »