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Job Info
Jeudi 17 Avril 2008
Age, diplôme : les préjugés tuent le recrutementUne récente étude dresse un comparatif des critères de recrutement chez les Français et les Anglo-saxons. Constat accablant, nos recruteurs restent accrochés à de vieilles lunes. Ils sont bien les derniers, s'insurge le spécialiste RH Christian Malécot.
Une étude effectuée par MS EMPLOI, le site emploi des professionnels des technologies Microsoft, établit la liste des critères de recrutement utilisés le plus couramment en France et dans le monde anglo-saxon. Le constat est accablant : les professionnels français du recrutement restent accrochés à de vieilles lunes qui contribuent d’ailleurs à entretenir la pénurie. Les résultats de l’enquête, côté tricolore, semblent parvenir d’une époque que l’on croyait révolue…
En effet, les critères français qui arrivent en tête des réponses faites par les professionnels RH sont l’âge (même si c’est illégal) et le niveau d’études. Autant d’écueils qui aboutissent souvent à des impasses et dans lesquels ne tombent pas les anglo-saxons… Il faut abattre ces citadelles! Pourquoi ? L’âge, tout d’abord, est considéré par certains comme un critère légitime de recrutement : selon eux, un candidat plus âgé coûterait plus cher. Ce qui est loin d’être prouvé ! Les carrières de plus en plus en dents de scie épousent davantage les conjonctures personnelles que les courbes de l’indice des prix.
Le deuxième argument en faveur de la sélection par l’âge ? Une possibilité d’adaptation qui s’amenuiserait avec le temps. Mon expérience de recruteur contredit cette assertion. Tout senior sait aujourd’hui qu’il doit savoir changer de métier et d’environnement. Encore plus s’il est issu d’un secteur sinistré. Demandez à des sidérurgistes, touchés dès les années 80 par les plans de licenciements, ce qu’ils ont dû effectuer comme reconversion pour se maintenir dans un emploi. Là et ailleurs, les exemples abondent.
La nécessité de rester dans le monde du travail pousse à emprunter de nouveaux chemins. Combien de quinquagénaires ne se sont pas adaptés à la révolution du micro-ordinateur ? Un petit nombre : la plupart ne se sont pas mis au PC par effet de mode, mais par nécessité. Et d'ailleurs, contrairement aux idées reçues, l’ouverture au changement est davantage un trait de personnalité qu’une question d’âge… Le critère de l’âge, en plus d’être considéré comme une discrimination, n’est donc pas valide. Il n’a pas sa place en matière de recrutement. Le pragmatisme conduit le monde anglo-saxon à préférer le rentable et le plus immédiat. C'est-à-dire à considérer d’abord les critères objectifs que sont l’expérience professionnelle et la capacité à travailler en groupe. Les diplômes de grandes écoles, une lubie bien française
La prééminence du niveau d’études dans les critères de recrutement constitue une autre lubie de la part des responsables du recrutement. En effet, nous avons sur ce point une attitude élitiste bien peu en adéquation avec la réalité. Il est flagrant d’observer par exemple que nous portons au pinacle notre système des grandes écoles. A tort : nous prenons du retard dans la compétition internationale car nos diplômes ne font plus l’admiration de nos voisins, du moins européens (les classements des MBA, malgré les critiques qui leurs sont faites, sont à ce titre éloquents).
L’impression que la réussite dans la vie commence par un bon diplôme domine les esprits. Là-encore le manque de réalisme est touchant. Car, partant de ce point de vue, nous laisserions chaque année sur le bord de la route une majorité de diplômés qui n’appartiennent pas au classement des grandes écoles. Oui, il est plus facile de décrocher un bon job en France muni de ce véritable sauf-conduit qui permet de se rendre sans encombres dans toutes les entreprises. Les diplômes des grandes écoles s’assimilent souvent à des lettres de noblesse. Problème : les privilèges sont toujours distribués à un petit nombre... Non, il n’est pas nécessaire de posséder un « bon diplôme » pour bien réussir sa vie à condition de trouver une adéquation entre ses compétences et le métier exercé.
Je reste consterné devant ce constat tant il est évident que cette dictature des diplômes n’a pas, loin de là, assuré une réussite exemplaire aux entreprises qui s’étaient particulièrement attachées à ne sélectionner que des « bon élèves ». Leurs stratégies ont-elles été plus pertinentes ? Les produits ont-ils trouvé plus facilement leur marché ? Les dirigeants ont-ils été les plus exemplaires et les plus éthiques ?
Ne tombons pas dans le nihilisme le plus complet : les études restent un atout considérable. Mais il faut affirmer haut et fort que les compétences exigées pour un poste proviennent aussi de capacités qui ne s’enseignent pas sur les bancs de l’école… La primeur franco-française faite à l’âge et au niveau d’études est révélatrice des freins considérables au changement dans un pays qui donne l’impression de s’arcbouter sur des privilèges et des considérations d’une autre époque. En réalité, nos critères de sélection nous renseignent sur notre façon de percevoir le monde qui nous entoure. Et il faut admettre que le décalage entre nos pratiques et celles des pays anglo-saxons ne manque pas d’inquiéter… Christian Malécot Provide RH
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