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Jeudi 04 Octobre 2007

Adecco, L’Oréal : discrimination, procès et paradoxes…

Tribune

Sept ans après les faits, la société de travail temporaire Adecco, une de ses filiales Districom (rebaptisée aujourd'hui Ajilon) ainsi que Garnier (groupe L'Oréal) ont été condamnées en juillet pour discrimination raciale à l'embauche. Sylvain Côme, directeur adjoint de l'Observatoire des discriminations, va plus loin sur cette affaire complexe.



Sylvain Côme : N'y a-t-il pas un risque de découragement ?
Sylvain Côme : N'y a-t-il pas un risque de découragement ?
L’affaire SOS Racisme - Ajilon (ex-Districom) - Adecco - Garnier (filiale de L'Oréal) n’est pas simple. Mais avant d’aller plus loin, je préciserai deux points :

1 : Je ne commenterai pas le fond de l'affaire. D'abord parce que la procédure judiciaire n'est pas terminée, il y a eu pourvoi en cassation. Ensuite parce que je n'en connais rien de plus que ce qu'a dit la presse. Alors, n'étant pas un spécialiste des revues de presse, je vous laisse vous faire votre propre idée par une recherche sur le net (par exemple cet article de L'Express).

2 : Par honnêteté intellectuelle, et pour que vous sachiez d'où je parle, L'Oréal est un de nos principaux clients. De mon point de vue, ça n'aurait rendu suspect mon avis que si je ne l'avais pas précisé, mais chacun reste libre d'en penser ce qu'il veut.

Ceci étant dit (écrit même), que penser des événements ?

Au risque de me répéter, je ne saurai absolument pas dire si les juges ont eu ou non raison de condamner L'Oréal. Les uns considèrent qu'il n'y avait aucune preuve contre eux et que les éléments matériels ne concernent qu'Adecco. Les autres pensent qu'Adecco n'aurait rien fait sans demande explicite de leurs clients. A vous de vous faire votre idée, là n'est pas mon propos.

Ce qui me gène, c'est l'apparente absence de prise en compte de ce qu'a fait L'Oréal entre les éventuels faits et le jugement. 7 ans se sont passés depuis et les choses ont changé.
L'Oréal a beaucoup investi sur ses méthodes de travail, ainsi qu'en formation et sensibilisation de ses équipes. Vous avez peut-être lu ça dans la presse, sinon allez sur le site de L'Oréal. De l'intérieur, et pour avoir la chance de comparer plusieurs entreprises entre elles sur l'ampleur de leurs programmes de travail, L'Oréal fait sans conteste partie du peloton de tête sur le sujet. D'ailleurs, faites cette petite expérience : demandez à quiconque travaillle sur les discriminations depuis longtemps comment il aurait réagi si en 2000, ou même en 2003, on lui avait décrit le programme de travail 2006 - 2007 de L'Oréal sur la question. Je serais très étonné si l'un d'entre eux vous répond en toute sincérité autre chose qu'un mélange d'enthousiasme et d'incrédulité.
Il y a donc engagement de moyens, au delà des meilleures espérances et au delà des standards.

D'ailleurs, ce programme de travail conduit par L'Oréal semble avoir porté ses fruits. Nous les avons récemment audités. En 2006, notre analyse n'a révélé aucune perte de chances pour les candidats porteurs d'un prénom susceptible d'être discriminé. Leurs chances d'embauche sont même très légèrement supérieures, + 10%, à celles de candidats portant un prénom francophone (téléchargez le rapport complet. Evidemment, notre audit qui portait sur les recrutements de cadres en 2006 ne dit absolument rien sur l'embauche d'intérimaires en 2000 ; à nouveau, ce n'est pas le propos.

Il y a donc aussi des résultats.
Dans un procès au pénal, n'est on pas censé prendre en compte les "efforts de réinsertion" ? Aucune circonstance atténuante, ni dans le procès judiciaire, ni dans le procès médiatique, ni dans l'air ambiant ? Ce n'est pas très juste. Pas très juste pour L'Oréal, mais surtout pas très juste pour ceux qui en interne portent et font avancer le sujet, y mettent de l'énergie. N'y a-t-il pas un risque de découragement ?

Enfin et pour conclure, cette affaire nous décrit bien toutes les difficultés qui vont se poser aux entreprises sur les années à venir. Nul ne s'attend à ce que la discrimination soit totalement absente d'une telle entreprise du jour au lendemain, et si d'une année sur l'autre les inégalités se réduisent de moitié dans une firme, les progrès seront déjà considérables. Mais quels que soient les efforts par ailleurs louables qu'elles pourront faire, elles ne seront évidemment pas à l'abri de cas individuels. En effet, il y a une part d'aléatoire dans le fait que ce soit telle entreprise plutôt que telle autre qui soit attaquée. Trop peu de cas sont portés devant la justice et les médias, il est normal que quand il y en ait un, les "foudres" se déclenchent...

Sylvain Côme


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COMMENTAIRES : Nous vous rappelons que, conformément à la loi, tout propos injurieux, diffamatoire ou xénophobe vous expose à d'éventuelles poursuites judiciaires. L'anonymat n'empêche pas votre identification.

1. Posté par Vincent de ROCHER le 04/10/2007 14:59
Merci à Sylvain Côme pour son article fort bien commenté par les liens qui nous permettent d'en savoir plus sur "l'affaire" et sur son audit de l'Oréal en 2006.

Sa conclusion est intéressante car elle sous entend qu'une diminution annuelle de 50 % des inégalités dans une firme signifierait un progrès considérables pour l'Observatoire des discriminations. Il dissocie néanmoins les cas individuels de firmes qui pourraient ombrager ce progrès, par le sort aléatoire des poursuites entraînant l'intérêt des médias...et le déclenchement des "foudres".

Peut être pourrions nous réduire ce caractère aléatoire des poursuites par une systématisation de plaintes par la HALDE (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l'Egalité) quelque soit la firme concernée ?

A ce jour, sur un point juridique non modifié, seule la ou les personnes s'estimant discriminées sont autorisées à porter plainte ainsi que des associations comme SOS Racisme ; sur le plan individuel, seuls 7 audacieux demandeurs d'emploi au niveau national ont pris le risque de se "suicider socialement " en portant plainte pour discrimination à l'embauche sur critère d'âge dans une annonce d'offre d'emploi. Il semblerait - dixit Louis SCHWEITZER - président de la HALDE que celle-ci aurait dans ses récentes habilitations la possibilité de se substituer au particulier dans le dépôt de plainte ; aucun texte de loi n'est sorti, à ce jour, pour modifier le code pénal et le droit du travail.

Pourquoi commenter l'article de Sylvain Côme par cette référence aux plaignants de discriminations ? Tout simplement parce qu'ancien DRH, je suis l'un des 7 plaignants et que l'évaluation des 4 condamnations obtenues sur 40 plaintes déposées concernant 70 entreprises, d'importantes firmes n'ont pas été inquiétées (ce qui corrobore le propos de Sylvain C.). Le summun est que l'une d'elle n'a en rien modifié son fonctionnement mais qu'elle se trouve ....partenaire de l'Etat pour lutter contre les dicriminations.

Il est évident qu'une évolution dans les pratiques ne doit pas demeurer sans effet. L'observatoire des discriminations ainsi que la HALDE, sans oublier les autres acteurs de lutte contre les discriminations peuvent contribuer à faire changer les mentalités de l'ensemble des acteurs de l'économie de l'emploi par leurs analyses et leurs expériences terrain.

La foudre n'existe pas que depuis hier...nous avons su dompter tant bien que mal l'élément naturel, il n'y a pas de raison que celle médiatique ne le soit pas également.

Pour conclure mon commentaire, j'emprunte à Sylvain Côme une partie du titre de sa Tribune en affirmant comme lui : discriminations, procès et paradoxes...
http://www.jobetic.net/index.php?action=recherche&tag=discrimination

2. Posté par Sophie le 04/10/2007 16:10
Bonjour,
Tout comme Sylvain Côme je n'ai pas de commentaires à faire sur le fond.
Cependant je trouve un peu gênant "juridiquement parlant" que Sylvain regrette l'"absence de prise en compte de ce qu'a fait L'Oréal entre les éventuels faits et le jugement". Le procés se fait sur des pièces et des plaintes à un instant donné, et même si les temps de jugement sont longs il est respectueux et normal vis à vis des plaignants que l'on ne prenne pas en compte un revirement d'attitude survenu après les plaintes même si cela est à terme positif pour l'entreprise.
Sauf si ce revirement d'attitude était directement fait auprès des plaignants avec dommages et intérêts...libre alors aux plaignants de se considérer comme suffisamment indemnisés du préjudice subi ou pas...

En effet si l'on prend en compte les faits et agissements apparu entre un moment de plainte et un moment de jugement il serait trop facile pour une entreprise ou une personne assignée dans n'importe quel type d'affaire de dire "ah oui mais depuis j'ai changé d'attitude donc on ne peut plus rien me reprocher"...
Même si les faits et "preuves" disparaissent il y a toujours un préjudice qui court pour les plaignants...

Donc, à mon sens, OUI il faut reconnaître les efforts entrepris depuis par l'Oréal (et je sais bien de façon personnelle que la diversité existe vraiment chez l'Oréal) et c'est tout à leur honneur de communiquer dessus mais NON il faut pas en tenir compte dans le jugement par respect des parties plaignantes et du préjudice qu'elle ont subi.

3. Posté par Gérald Alexandre ROFFAT le 05/10/2007 12:56
A mon sens les concepts de « bonne conduite » et d’« efforts sérieux de réadaptation sociale » sont l’affaire du juge d’application des peines. On pourra en parler une fois la condamnation définitive, après l’aboutissement de la procédure pénale. Or L'Oréal a décidé de se pourvoir en cassation.

Des circonstances atténuantes à l’époque des faits ? A voir, c’est l’affaire des magistrats du siège. Sylvain Côme le dit lui-même, « 7 ans se sont passés depuis et les choses ont changé. » Si les choses ont changé, quelle était la situation à l’époque des faits (ce qui nous intéresse en la matière) ?

Coupable ou non, je note qu’on voit rarement une entreprise reconnaître une faute, une responsabilité quelconque dans ce genre d’affaires, même après une condamnation définitive.

Pour l’heure, je sais qu’il existe des personnes de grande valeur et très impliquées dans la lutte contre les discriminations à l’embauche chez L’Oréal. Je les en félicite. Je ne crois pas qu’elles se découragent s’il s’avère que le groupe est déclaré coupable de faits discriminatoires réalisés en l’an 2000. « 7 ans se sont passés depuis et les choses ont changé. » Si une affaire comparable sortait aujourd’hui, ce serait plus problématique, dommageable et décourageant.

Pour conclure, l’exercice de la justice ne sert pas qu’à réduire le nombre de délits, fût-ce de moitié. Il sert aussi à réparer directement ou indirectement des dommages.

Gérald Alexandre ROFFAT - http://recrutement.over-blog.com/
http://recrutement.over-blog.com/

4. Posté par akuna mata le 22/11/2007 11:03
L'article est fort intéressant néanmoins il occulte tous l'aspect juridique. En effet, il n'aborde pas la transposition des directive de 2000 en droit interne et de ses conséquences concernant la lutte contre les discriminations. Cette lutte n'est réellement effective que depuis ces fameuses directives d'inspiration anglo saxones. Ces directivesi prohibent discrimination directe et indirecte et renverse la charge de la preuve ce qui permet enfin au victime d'aller devant les tribunaux . C'est le droit européen et non le droit français qui a fait pression pour que la France 1er pays d'europe en matière de diversité fasse des progrès. Merci l'Europe, car sans l'Europe la HALDE n'existerait pas !

Les parquets aujourd'hui poursuivent alors qu'autrefois ils claissaient sans suite, il suffit simplement d'examnier la jurisprudence de la cour de cassation en matière de discrimination pour constater avec amertume la triste réalité.

Ces poursuites s'expliquent aujourd'hui car il ya risque de condamnation par la CJCE des juridictions française qui n'appliqueraient pas le droit européen supérieur au droit interne.

En défintive ! merci l'Europe !

Un militant du Parti Multiculturel

http://www.parti-multiculturel-francais.fr

http://www.parti-multiculturel-francais.fr

5. Posté par bouboule le 06/12/2007 01:19
Adecco n'est pas très bien comme agence d'intérim...

Il y a quelques temps, suite à une mission en CDD, une patronne vicieuse à chercher à me faire démissioner de mon poste car parait-il que je sentais mauvais à cette époque-là, que toute l'odeur puante de chez son client n'était dûe qu'à ma seule présence...

heuuu

pitoyable.....

6. Posté par bouboule le 06/12/2007 22:50
Je tiens à préciser que cette histoire est entièrement vraie...

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