L’affaire SOS Racisme - Ajilon (ex-Districom) - Adecco - Garnier (filiale de L'Oréal) n’est pas simple. Mais avant d’aller plus loin, je préciserai deux points :
1 : Je ne commenterai pas le fond de l'affaire. D'abord parce que la procédure judiciaire n'est pas terminée, il y a eu pourvoi en cassation. Ensuite parce que je n'en connais rien de plus que ce qu'a dit la presse. Alors, n'étant pas un spécialiste des revues de presse, je vous laisse vous faire votre propre idée par une recherche sur le net (par exemple cet article de
L'Express).
2 : Par honnêteté intellectuelle, et pour que vous sachiez d'où je parle, L'Oréal est un de nos principaux clients. De mon point de vue, ça n'aurait rendu suspect mon avis que si je ne l'avais pas précisé, mais chacun reste libre d'en penser ce qu'il veut.
Ceci étant dit (écrit même), que penser des événements ?
Au risque de me répéter, je ne saurai absolument pas dire si les juges ont eu ou non raison de condamner L'Oréal. Les uns considèrent qu'il n'y avait aucune preuve contre eux et que les éléments matériels ne concernent qu'Adecco. Les autres pensent qu'Adecco n'aurait rien fait sans demande explicite de leurs clients. A vous de vous faire votre idée, là n'est pas mon propos.
Ce qui me gène, c'est l'apparente absence de prise en compte de ce qu'a fait L'Oréal entre les éventuels faits et le jugement. 7 ans se sont passés depuis et les choses ont changé.
L'Oréal a beaucoup investi sur ses méthodes de travail, ainsi qu'en formation et sensibilisation de ses équipes. Vous avez peut-être lu ça dans la presse, sinon allez sur
le site de L'Oréal. De l'intérieur, et pour avoir la chance de comparer plusieurs entreprises entre elles sur l'ampleur de leurs programmes de travail, L'Oréal fait sans conteste partie du peloton de tête sur le sujet. D'ailleurs, faites cette petite expérience : demandez à quiconque travaillle sur les discriminations depuis longtemps comment il aurait réagi si en 2000, ou même en 2003, on lui avait décrit le programme de travail 2006 - 2007 de L'Oréal sur la question. Je serais très étonné si l'un d'entre eux vous répond en toute sincérité autre chose qu'un mélange d'enthousiasme et d'incrédulité.
Il y a donc engagement de moyens, au delà des meilleures espérances et au delà des standards.
D'ailleurs, ce programme de travail conduit par L'Oréal semble avoir porté ses fruits. Nous les avons récemment audités. En 2006, notre analyse n'a révélé aucune perte de chances pour les candidats porteurs d'un prénom susceptible d'être discriminé. Leurs chances d'embauche sont même très légèrement supérieures, + 10%, à celles de candidats portant un prénom francophone (téléchargez
le rapport complet. Evidemment, notre audit qui portait sur les recrutements de cadres en 2006 ne dit absolument rien sur l'embauche d'intérimaires en 2000 ; à nouveau, ce n'est pas le propos.
Il y a donc aussi des résultats.
Dans un procès au pénal, n'est on pas censé prendre en compte les "efforts de réinsertion" ? Aucune circonstance atténuante, ni dans le procès judiciaire, ni dans le procès médiatique, ni dans l'air ambiant ? Ce n'est pas très juste. Pas très juste pour L'Oréal, mais surtout pas très juste pour ceux qui en interne portent et font avancer le sujet, y mettent de l'énergie. N'y a-t-il pas un risque de découragement ?
Enfin et pour conclure, cette affaire nous décrit bien toutes les difficultés qui vont se poser aux entreprises sur les années à venir. Nul ne s'attend à ce que la discrimination soit totalement absente d'une telle entreprise du jour au lendemain, et si d'une année sur l'autre les inégalités se réduisent de moitié dans une firme, les progrès seront déjà considérables. Mais quels que soient les efforts par ailleurs louables qu'elles pourront faire, elles ne seront évidemment pas à l'abri de cas individuels. En effet, il y a une part d'aléatoire dans le fait que ce soit telle entreprise plutôt que telle autre qui soit attaquée. Trop peu de cas sont portés devant la justice et les médias, il est normal que quand il y en ait un, les "foudres" se déclenchent...