Votre entreprise sans ceux qui vous dirigent, Pdg, directeurs, directeurs adjoints, chefs de service...serait-elle un paradis, ou au contraire un foyer d'anarchie voué à un échec inéluctable? Naïvement, vous et moi croyons que tout est question d'équilibre, que ça dépend du contexte, de la qualité du management lui-même.
Il n'en est rien. Dans une étude publiée par Slate, trois gros bras de la matière grise, si l'on ose dire, ont uni leurs efforts pour répondre à la question de façon définitive. Il s'agit de la Banque mondiale, de l'université américaine de Stanford et d'Accenture, premier cabinet mondial de conseil et d'organisation, qui leur a prodigué ses conseils et ses consultants. Yes or no, le management est-il utile et profitable, ou bien sert-il à générer des procédures compliquées, des ordres et des contre-ordres grotesques et de la paperasse ridicule?
Il n'en est rien. Dans une étude publiée par Slate, trois gros bras de la matière grise, si l'on ose dire, ont uni leurs efforts pour répondre à la question de façon définitive. Il s'agit de la Banque mondiale, de l'université américaine de Stanford et d'Accenture, premier cabinet mondial de conseil et d'organisation, qui leur a prodigué ses conseils et ses consultants. Yes or no, le management est-il utile et profitable, ou bien sert-il à générer des procédures compliquées, des ordres et des contre-ordres grotesques et de la paperasse ridicule?
Pas de gentillesse entre managers et employés
D'abord, une précision: profitable veut dire favorable aux profits et n'a rien à voir avec le bonheur au travail, qui n'est pas abordé dans l'étude. Toute affaire sentimentale entre le salarié et sa hiérarchie semble d'ailleurs être passée de mode.
Interviewé cette semaine par Métro Jean-Marc Borello, président du groupe SOS et fondateur du Mouvement des entrepreneurs sociaux, répond franchement à la question: "La gentillesse a-t'elle sa place dans l'entreprise?" : "Oui, sûrement. Mais elle a plus sa place dans les rapports entre salariés que dans les rapports hiérarchiques employeur/employés. Ce n'est pas très politiquement correct, mais je ne crois pas à la gentillesse comme arme de management. "
C'est donc sans aucune gentillesse, mais armés d'outils pointus et d'esprit scientifique à toute épreuve que les auteurs de l'étude débarquent sur le champ d'expérimentation. Ils ont choisi les usines indiennes de textile dans la région de Bombay pour y faire souffler l'esprit managérial. Et en mesurer les effets positifs ou négatifs.
Interviewé cette semaine par Métro Jean-Marc Borello, président du groupe SOS et fondateur du Mouvement des entrepreneurs sociaux, répond franchement à la question: "La gentillesse a-t'elle sa place dans l'entreprise?" : "Oui, sûrement. Mais elle a plus sa place dans les rapports entre salariés que dans les rapports hiérarchiques employeur/employés. Ce n'est pas très politiquement correct, mais je ne crois pas à la gentillesse comme arme de management. "
C'est donc sans aucune gentillesse, mais armés d'outils pointus et d'esprit scientifique à toute épreuve que les auteurs de l'étude débarquent sur le champ d'expérimentation. Ils ont choisi les usines indiennes de textile dans la région de Bombay pour y faire souffler l'esprit managérial. Et en mesurer les effets positifs ou négatifs.
L'Inde, terrain d'entraînement pour managers internationaux ?
Comme les missionnaires de l'ancien temps, ils brandissent leur "bible", c'est à dire les "38 principes du bon management" vantés par Accenture - entre autres des "procédures de notification et d'analyse des défauts, des systèmes de suivi de la production et des stocks, et une attribution claire des rôles et des responsabilités de chacun..."
Les usines ont été sélectionnées sur la base du volontariat. Le deal est simple: vous voulez qu'on vous aide à vous organiser et c'est cadeau, ou bien vous ne voulez pas et c'est votre problème. "Dix-sept d'entre elles (comptant au total 28 usines) ont accepté de jouer les cobayes dans l'expérience de management", raconte Slate. "Quatorze usines ont bénéficié d'un assortiment complet de conseils, tandis que six autres servaient de groupe témoin pour comparer les améliorations apportées par un «meilleur» management. "
Aujourd'hui Nick Bloom, le professeur de Stanford qui cosigne l'étude, semble marqué à vie par son voyage à Bombay. Il a vu "des réserves jonchées de fils en train de pourrir, sans rangement ni par couleur, ni par qualité, ni par quelque autre caractéristique que ce soit. Les employés devaient fouiner pour dénicher un produit et ne le trouvaient pas toujours..." Bref. Comme le notent les chercheurs (sans qu'on sache s'ils ont crié Eureka!): "Le chaos qui régnait dans les usines de tissage de coton avant l'arrivée des consultants donne un aperçu du monde sans managers. "
Après quatre mois de régime Accenture, les premiers résultats tombent. On fait même des photos: tout est maintenant rangé, à l'abri de l'humidité, les fils rouges avec les fils rouges, les fils bleus avec les fils bleus."Les défauts furent réduits de moitié et les stocks de presque 20%, tandis que le rendement augmentait de 5%. En tout, les auteurs estiment que les bénéfices de chaque usine –en imaginant que les nouvelles pratiques restent appliquées– augmenteront de plus de 200.000 dollars par an."
Alors, satisfaits, les Indiens? Les managers et les salariés qui ont survécu au changement, sûrement. Mais le message final de nos trois "missionnaires", Banque Mondiale, Stanford et Accenture, est sans doute bien plus significatif que les réorganisations de Bombay. Dans les conclusions de l'étude, il est en effet suggéré "que nous ferions bien de consacrer au moins une partie de nos dons humanitaires au financement d'écoles de commerce en Inde et dans d'autres pays en développement..."
L'un des auteurs, David McKenzie, va plus loin. Pour lui, l'Inde devrait accueillir plus de multinationales "afin de servir de terrain d'entraînement aux managers". Rien n'étant parfait, "naturellement, ces multinationales provoqueraient la faillite des entreprises indiennes les moins bien gérées, ce qui rend cette proposition difficile à vendre à un pays connu pour son nationalisme économique historique."
Too bad ! La mondialisation, même quand elle a un fort accent américain, ça ne marche pas à tous les coups.
Les usines ont été sélectionnées sur la base du volontariat. Le deal est simple: vous voulez qu'on vous aide à vous organiser et c'est cadeau, ou bien vous ne voulez pas et c'est votre problème. "Dix-sept d'entre elles (comptant au total 28 usines) ont accepté de jouer les cobayes dans l'expérience de management", raconte Slate. "Quatorze usines ont bénéficié d'un assortiment complet de conseils, tandis que six autres servaient de groupe témoin pour comparer les améliorations apportées par un «meilleur» management. "
Aujourd'hui Nick Bloom, le professeur de Stanford qui cosigne l'étude, semble marqué à vie par son voyage à Bombay. Il a vu "des réserves jonchées de fils en train de pourrir, sans rangement ni par couleur, ni par qualité, ni par quelque autre caractéristique que ce soit. Les employés devaient fouiner pour dénicher un produit et ne le trouvaient pas toujours..." Bref. Comme le notent les chercheurs (sans qu'on sache s'ils ont crié Eureka!): "Le chaos qui régnait dans les usines de tissage de coton avant l'arrivée des consultants donne un aperçu du monde sans managers. "
Après quatre mois de régime Accenture, les premiers résultats tombent. On fait même des photos: tout est maintenant rangé, à l'abri de l'humidité, les fils rouges avec les fils rouges, les fils bleus avec les fils bleus."Les défauts furent réduits de moitié et les stocks de presque 20%, tandis que le rendement augmentait de 5%. En tout, les auteurs estiment que les bénéfices de chaque usine –en imaginant que les nouvelles pratiques restent appliquées– augmenteront de plus de 200.000 dollars par an."
Alors, satisfaits, les Indiens? Les managers et les salariés qui ont survécu au changement, sûrement. Mais le message final de nos trois "missionnaires", Banque Mondiale, Stanford et Accenture, est sans doute bien plus significatif que les réorganisations de Bombay. Dans les conclusions de l'étude, il est en effet suggéré "que nous ferions bien de consacrer au moins une partie de nos dons humanitaires au financement d'écoles de commerce en Inde et dans d'autres pays en développement..."
L'un des auteurs, David McKenzie, va plus loin. Pour lui, l'Inde devrait accueillir plus de multinationales "afin de servir de terrain d'entraînement aux managers". Rien n'étant parfait, "naturellement, ces multinationales provoqueraient la faillite des entreprises indiennes les moins bien gérées, ce qui rend cette proposition difficile à vendre à un pays connu pour son nationalisme économique historique."
Too bad ! La mondialisation, même quand elle a un fort accent américain, ça ne marche pas à tous les coups.











